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AFP - le Vendredi 15 Octobre 2021 à 12:30 |

En pays zoulou, des milliers de personnes en "prière pour Jacob Zuma"


           

Durban (Afrique du Sud) - La foule s'est soudain rassemblée comme un seul homme. Dans le "Parc du peuple" jeudi à Durban, dans le Kwazulu-Natal, fief de Jacob Zuma, quelques milliers de fidèles soutiens ont prié les dieux et les esprits pour l'ex-président en liberté conditionnelle.


Un simple appel de sa fondation à "une prière pour son excellence" a suffit à rameuter une armée dévote. Et sous le soleil brûlant de l'après-midi, tout le monde a attendu et espéré l'apparition du "frère zoulou".

"Il ne nous décevra pas, il ne nous déçoit jamais", assure à l'AFP Khumbulani Ngom, venu du township de Chatsworth dans la banlieue de la ville.

Les rumeurs depuis la liberté conditionnelle de M. Zuma début septembre, pour raison médicale, laissent penser que l'ancien chef d'Etat est de retour dans sa maison de Nkandla, à quelque 200 km de là. Il venait de commencer à purger une peine de 15 mois ferme, dans une prison de la province, pour outrage à la justice.

Depuis, rideau. Début octobre, il est apparu seulement brièvement dans une vidéo diffusée par sa fondation sur les réseaux sociaux. Vieillissant, vêtu d'une chemise rayée et d'une veste noire, il a appelé ses fidèles avec la vigueur de l'orateur qui a maintes fois fait hululer, danser et rire son assistance, à voter.

"Levons-nous tous et votons pour le parti qui nous a libéré, l'ANC", le parti historique au pouvoir, a-t-il sommé en zoulou.

Le 1er novembre, l'Afrique du Sud devra choisir ses conseillers dans plus de 250 municipalités. Un test pour le Congrès national africain, en perte de popularité dans les urnes et accusé d'inaction lors des pires violences qu'a connu la jeune démocratie, en juillet.

En une semaine d'émeutes et de pillages, plus de 350 personnes sont mortes dans le Kwazulu-Natal et à Johannesburg. Au départ, les violences ont été déclenchées par l'incarcération de M. Zuma. Une tentative organisée de déstabiliser le pays, a accusé l'actuel président Cyril Ramaphosa.

Cette prière est pour "demander à Dieu de continuer à protéger le président Zuma et de le garder à l'abri des forces obscures qui veulent sa fin", a expliqué sa fondation.

Ses gardiens de toujours sur Terre, les vétérans de la branche armée de l'ANC, les Umkhonto we Sizwe, étaient aussi présents quoique officiellemnt demantelés par le parti. En treillis, ils ont paradé sur des chants de lutte anti-apartheid.

"Jacob Zuma est notre commandant et le sera toujours. Nous étions prêts à nous battre et à mourir pour notre pays. Tout comme M. Zuma", lance Frank Dlamini, un vétéran de 55 ans.

Redouté chef des renseignements au temps de l'ANC en exil sous l'apartheid, l'ancien chef d'Etat a passé dix ans au pénitencier de Robben Island, aux côtés de l'icône de la libération Nelson Mandela.

"Il est trop vieux pour être arrêté et mis en prison. S'ils ne le libèrent pas, je ferai quelque chose pour lui", affirme Lungiswa Mgidi, 35 ans. Sangoma, ou guérisseuse traditionnelle, elle aussi est venue prier à sa manière pour l'ancien président.

Finalement, la voix de l'ancien chef d'Etat sort des enceintes: "Je reste un prisonnier sous des conditions de libération conditionnelle strictes", dit-il dans un message en ligne rediffusé en direct.

Evoquant le régime d'assignation à résidence au temps de l'apartheid, il se dit "prisonnier d'un État démocratique", se répète sur sa condamnation "sans procès".

Mais après des heures d'attente, le vent balaye son message. Son visage sur une immense affiche collée au fond de la scène s'envole et les rafales chargées de poussière finissent par chasser le monde.