France: prison avec sursis requise pour la noyade d'un élève d'une prestigieuse école militaire

AFP - Publié le Vendredi 27 Novembre 2020 à 14:12



Rennes - Une "bérézina": jusqu'à deux ans de prison avec sursis ont été requis jeudi contre six militaires français pour l'homicide involontaire d'un élève franco-algérien, noyé en 2012 lors d'un bizutage à la fameuse école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan.


La relaxe a été requise pour un septième militaire, également poursuivi.

"Quelle histoire!", s'est exclamé le procureur de Rennes (ouest de la France), Philippe Astruc, en débutant son réquisitoire. Pendant plus d'une heure et demie, le magistrat a semblé chercher la bonne formule pour résumer ce "procès exceptionnel".

"Quelque chose de l'ordre de la tragédie grecque ou shakespearienne", a-t-il avancé, avant de pencher pour une "folie", puis pour une "transgression" sur "fond de testostérone mal maîtrisée".

"Cette semaine (de procès) a apporté un regard blafard sur l'école militaire de Saint-Cyr", a-t-il souligné, même s'il "serait injuste" de réduire cette prestigieuse école à la mort du sous-lieutenant Jallal Hami, 24 ans, dans la nuit du 29 au 30 octobre 2012.

Jeune étudiant brillant, arrivé tout jeune d'Algérie et très sportif, Jallal Hami s'était noyé durant une activité sur le thème du débarquement des Alliés en Provence, pendant laquelle les nouveaux incorporés devaient traverser un étang à la nage, de nuit, sur une distance de 43 mètres, avec casques et rangers, dans une eau à 9°C.

Se jetant à l'eau tous en même temps, au son de la Walkyrie de Wagner, de nombreux élèves s'étaient retrouvés en difficulté, buvant la tasse, s'agrippant les uns aux autres dans un embouteillage de nageurs.

A la lumière des débats, "le bilan de cette nuit tragique aurait pu être d'une toute autre ampleur", a noté le magistrat.

Car, en l'absence de "contrôle effectif", "la transmission des traditions", un "objet pédagogique non identifié, en tout cas non maîtrisé", "devait tôt ou tard entraîner la mort d'un élève", selon lui.

Ce défaut d'encadrement a conduit M. Astruc a requérir deux ans de prison avec sursis à l'encontre de l'ancien commandant de bataillon Hervé Wallerand, 49 ans, chargé des élèves de deuxième année à l'époque des faits.

Ce dernier, aujourd'hui cadre dans un groupe financier, aurait dû exiger la mise en place d'une sécurité pour "prévenir et encadrer" les "débordements dangereux" occasionnés par ces activités de bizutage qui ne disent pas leur nom.

"Cette peine réclamée bafoue l'honneur de celui que je défends", s'est insurgé Dominique Mattei, avocat de M. Wallerand, en plaidant la relaxe de son client, qui a, selon lui, à "répondre d'une défaillance systémique imputable à l'école de Saint-Cyr".

C'est justement la relaxe que le procureur a requise à l'encontre de l'autre membre de la hiérarchie sur le banc des prévenus, le général Francis Chanson, 58 ans, alors en charge de la formation. Ce dernier n'a selon le magistrat pas commis de "faute caractérisée", requise par la loi pour engager sa responsabilité pénale.

Quant aux élèves, aujourd'hui âgés de 28 à 31 ans, "ils se sont engouffrés par immaturité, par irresponsabilité, par exaltation, dans les brèches qu'on leur a laissées, ce qui n'enlève rien à leur responsabilité pénale", a pointé le procureur.

A leur encontre, il a retenu l'organisation d'une nage-commando de nuit "prohibée" par la réglementation militaire, l'absence de reconnaissance préalable sérieuse de la température et de la profondeur de l'étang ou le délai d'une heure avant de prévenir les secours.

Il a ainsi requis des peines allant de trois mois avec sursis à 18 mois avec sursis à l'encontre de cinq élèves officiers.

La plupart des avocats ont plaidé la relaxe de leurs clients en insistant sur l'absence de "faute caractérisée" pour les condamner.

Les prévenus encourent une peine maximale de trois ans de prison et 45.000 euros d'amende. Les plaidoieries de la défense se poursuivront vendredi matin.


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