L’antisémitisme violent du voisin de l’Est du Maroc

- Publié le Lundi 7 Décembre 2020 à 11:27



Tout personne ayant lu, un temps soit peu l’Histoire, découvre qu’il y a près de 70 ans, et pour être plus précis le 08 novembre 1942, les alliés débarquent à Alger dans le cadre de l’Opération Torch dont 400 résistants dont les deux tiers sont des jeunes juifs français déchus de leur nationalité.


Le Général Giraud prit alors le Commandement civil et militaire d’Alger et fit arrêter puis déporter dans le Sud algérien les Chefs de la résistance algérienne, majoritairement des juifs algériens.

Pour le Général Giraud, les juifs devaient rester des indigènes puisqu’en 1940, le pouvoir de Vichy avait abrogé le Décret Crémieux, dépouillant les juifs d’Algérie de tout statut officiel et ce, jusqu’en 1943.

Ce Décret Crémieux qui accorda, en 1870, la nationalité française aux populations indigènes, offrait aux juifs le moyen de se libérer du statut de Dhimmis (de protégés). Cet affranchissement déclencha autant un ressentiment des musulmans, attachés à leur propre statut, que la fureur des populations européennes, foncièrement antisémites, exigeant son abrogation, ou tout au moins le retrait du droit de vote aux juifs.

De 1954 à 1962, soit huit années de guerre fratricide vont conduire à une dégradation brutale de la vie sociale en Algérie avec les bombes dans les cinémas, les stades, les cafés et les synagogues. Et c’est avec l’assassinat, le 22 juin 1961, de Cheikh Raymond, le maître du Malouf, sur les marchés de Constantine que sonna le premier signal de départ., tant le massacre de Constantine, vingt ans plus tôt, était dans tous les esprits.

Puis vint le jour de ‘indépendance de l’Algérie avec le massacre d’Oran le 05 juillet 1962 amenant à rapatrier précipitamment plus de 800 000 personnes, des européens, des harkis et environ 150 000 juifs.

C’est ainsi qu’on vit la foule de « pieds noirs » envahir quai Joliette et le tarmac de Marignane et d’Orly, tout en dénonçant les exactions et les tortures de l’armée française au cours desquels des juifs disparurent sans laisser la moindre trace après le coup d’État de Boumedienne.

Cette période Boumedienniste se traduira par une violence incroyable, des meurtres, des viols et assassinats de nourrissons juifs et chrétiens et comme l’avait si bien affirmé le politologue français, le défunt Raphaël Drai, « la mémoire de l’Algérie est une mémoire juive », une mémoire douloureuse comme en peuvent témoigner l’expulsion des juifs d’Oran en 1666, le massacre d’Alger en 1805, ou la décapitation du grand rabbin d’Alger, Isaac Aboulker, dix ans plus tard.

Beaucoup se plaisent à dater du Décret Crémieux la mésentente entre les populations, mais c’est faire peu de cas de la Dhimma, qui régissait les non-musulmans dans la loi coranique. En effet, la conquête de l’Algérie, en 1830, mettait fin à trois siècles de domination Ottomane.

Les algériens, et surtout les autorités successives algériennes, se doivent de reconnaître que les juifs d’Algérie ont quitté leur terre où ils y étaient installés depuis plus de 2000 ans, contrairement aux pieds noirs, descendants de colons et d’émigrés italiens ou espagnols.

Le minimum à rendre à ces juifs d’Algérie est de leur faciliter à se rendre sur la tombe de leurs proches ou amis dans les cimetières, des lieux de mémoires, sans parler des Synagogues et des Eglises. Tout comme le fait le Maroc, pour qui les Juifs marocains sont ses enfants au même titre que les Musulmans marocains.

À chaque nouvelle loi vichyste, Feu Sa Majesté Mohammed V pris, jusqu'à l'affrontement avec le Résident Général, une défense farouche des Juifs marocains en ayant soin de rappeler à chaque fois que Juifs et Musulmans sont également ses sujets et qu'il ne souffrirait aucune discrimination entre ses enfants.

Rappelez-vous, en 1941, Feu Sa Majesté Mohammed V avait placé ostensiblement à proximité des officiels français et des membres de la Commission d’Armistice allemande des notables juifs marocains. Il fallait un sacré courage à l’époque, les nazis faisaient pression sur tout le monde. Le défunt Souverain Mohammed V n’en avait cure et avait même déclaré « Je n’approuve pas du tout les nouvelles lois anti-juives et je refuse de m’associer à une mesure que je désapprouve. Je tiens à vous informer que comme par le passé, les Israélites restent sous ma protection et je refuse qu’une distinction soit faite entre mes sujets ».

Nul ne peut omettre que des milliers de Juifs marocains pratiquent librement leur religion et fréquentant les 40 synagogues existant au Maroc, dont une a été dernièrement restaurée dans l’ancienne ville impériale de Fès et dont l’édification remonte au XVIIème siècle.

Raison pour laquelle les Juifs marocains vénèrent Feu Sa Majesté Mohammed V, un Juste parmi les Nations, pour les avoir sauvés des griffes nazies et de la Shoah et, qu’aujourd’hui encore, hommage lui est toujours rendu, une protection constatée sous le règne de Feu Sa Majesté Hassan II et toujours en vigueur sous celui de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Farid Mnebhi
Farid Mnebhi est un écrivain marocain, licencié Physique, titulaire d'une maîtrise en sciences... En savoir plus sur cet auteur

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