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La classe politique sud-africaine à couteaux-tirés sur la liberté conditionnelle accordée à Zuma

Publié le Mardi 7 Septembre 2021 | MAP



​Johannesburg - Le gouvernement et la classe politique en Afrique du Sud sont à couteaux-tirés sur la liberté conditionnelle pour raisons médicales accordée, durant le weekend, à l'ex-président sud-africain Jacob Zuma.


Zuma a été condamné par la Cour constitutionnelle à 15 mois de prison ferme pour outrage à la justice et il a été incarcéré, en juillet dernier, dans la prison d'Est Court dans la province du KwaZulu-Natal.

Alors que le Département des services correctionnels a justifié la libération de l’ancien président en invoquant des raisons médicales, plusieurs partis politiques et personnalités se sont insurgés contre cette décision qu’ils ont qualifiée de «décision politique».

Prévoyant ce tollé de critiques de la part de certaines formations relevant de l’opposition, les autorités pénitentiaires ont de prime abord souligné qu’«en plus d'être dans une incapacité physique, les détenus souffrant d'une maladie qui limite considérablement leurs activités quotidiennes ou leurs soins personnels peuvent bénéficier d’une libération conditionnelle médicale».

En saluant cette décision, le porte-parole de la Fondation Jacob Zuma, Mzwanele Manyi, a déclaré aux médias que la décision d'accorder la liberté conditionnelle médicale à l’ex-président est une indication que le système est «imprégné d’humanité».

Sauf que les présidents des partis d’opposition ne sont pas de cet avis. Ils estiment que le ministre de la Justice et des Services correctionnels, Ronald Lamola, et le Département des services correctionnels doivent rendre compte à la nation des motivation de cette «décision absurde» de libérer Zuma. «C'est déplorable et inacceptable que les Services correctionnels tournent en dérision notre système de libération conditionnelle», notent-ils, arguant qu’il est très clair que l’ex-président, qui a défié la justice du pays, a bénéficié d'un traitement de faveur depuis son incarcération en juillet dernier.

Pour le président du principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), John Steenhuisen, «cette décision est sûrement politique et non pas médicale».

Il a, à ce propos, expliqué qu’un rapport sur l'état de santé de tout prisonnier doit être soumis à la recommandation d'un Conseil indépendant pour confirmer, en vérité, qu'un prisonnier mérite bien une libération conditionnelle médicale. «Etant donné que Jacob Zuma a publiquement refusé d'être examiné par un professionnel de la santé indépendant, sans parler d'un conseil consultatif médical, cette décision est une violation de la loi et elle est donc illégale», fustige-t-il, faisant savoir que «le coaccusé de Zuma, Shabir Shaik, a également été libéré sous condition médicale douteuse».

Réponse du berger à la bergère, le Département des services correctionnels a précisé que le placement de l’ancien président en liberté conditionnelle médicale signifie qu'il achèvera le reste de sa peine dans le système correctionnel communautaire, selon lequel il devra se conformer à un ensemble de conditions spécifiques et sera soumis à une surveillance jusqu'à l'expiration de sa peine.

Zuma, qui purge actuellement une peine de 15 mois de prison ferme pour son refus d’apporter son témoignage devant la Commission judiciaire de lutte contre la corruption, devrait comparaître, jeudi, devant la Haute Cour de Pietermaritzburg pour des accusations de corruption liées à un marché d'armes conclu en 1999 avec la société française Thales.

Il fait face actuellement à 16 chefs d'accusation de fraude, de corruption et de racket. Le fabricant d'armes Thales a également été inculpé après des allégations de paiement d'un pot-de-vin de 4 millions de Rands (près de 235.000 euros) à Zuma.