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La corruption, l'autre menace qui pèse sur l'Afrique du Sud

Publié le Mercredi 25 Août 2021 | MAP - Hamid AQERROUT



Johannesburg - Le témoignage du président sud-africain, Cyril Ramaphosa, la semaine dernière devant la Commission judiciaire d’enquête sur la corruption atteste de façon on ne peut plus claire de l’ampleur de cette gangrène sur les structures de l'État.


Ce témoignage est, néanmoins, considéré comme un geste politique calculé de la part d'un dirigeant qui ne veut pas avoir d'ennuis avec son parti au pouvoir, le Congrès National Africain (ANC).

Appelé devant la Commission dite Zondo pour apporter son témoignage, en sa qualité de chef de l'État, sur une période sombre de l’histoire de l’Afrique du Sud, Ramaphosa a d’emblée reconnu que le phénomène de «la capture de l'Etat», qui renvoie à la corruption généralisée qui avait gangrené le pays durant le mandat de l'ex-président Jacob Zuma, a eu un «effet toxique» sur la plupart des institutions de l'État.

Alors que le président Ramaphosa a fait de sérieux aveux sur l'impact de la capture de l'État sur le pays et l'intégrité organisationnelle du Congrès National Africain à la destinée duquel il préside également, certains estiment qu'il n'était tout simplement pas allé assez loin dans sa tentative d'aider la Commission à découvrir toute la vérité sur les dépassements de cette période.

Bien qu'il ait admis franchement les échecs de l’ANC, un parti-Etat qui a la main mise sur toutes les institutions du pays, il n'a pas voulu désigner ses camarades, même lorsqu'on lui a posé des questions très évidentes sur son prédécesseur, Jacob Zuma, condamné par la cour constitutionnelle à 15 mois de prison ferme pour outrage à la justice.

Le chef de l’Etat, qui a déjà témoigné pour la première fois devant la Commission en avril dernier, a expliqué aux juges, à plusieurs reprises, que la capture de l'État a existé en tant que projet bien organisé qui a influencé les processus politiques et juridiques, arguant que les institutions de l'Etat en Afrique du Sud ont été affaiblies par la corruption qui a régné des décennies durant.

C’est que, dans son témoignage, le président sud-africain avait de nombreuses considérations à prendre en compte. De l’avis de Ongama Mtimka de l’Université métropolitaine Nelson Mandela, «il gère les accusations de braderie à un niveau mais à un autre, le président veut gagner des alliés clés dans sa candidature pour un second mandat".

Force est de constater que le témoignage de Ramaphosa fait suite aux émeutes et pillages déclenchés, vers la mi-juillet, suite à l'incarcération de l’ex-président Jacob Zuma pour son refus de témoigner devant la Commission judiciaire d’enquête sur la corruption.

Le président sud-africain n'était pas en désaccord lorsqu'on lui a demandé s'il était raisonnable d'enquêter sur un lien entre la violence qui a ravagé plusieurs régions du pays et fait des centaines de morts et les soi-disant agents de l'Agence de sécurité de l'État (SSA), des agents formés, armés mais non contrôlés.

Lors de son témoignage, il a reconnu que des agents recrutés, nommés et armés de manière irrégulière par l'Agence pourraient avoir joué un rôle dans le sabotage économique stratégique des provinces du KwaZulu-Natal et du Gauteng lors de l'insurrection ratée de juillet.

C’est d’ailleurs pour cela que Ramaphosa a procédé, au début du mois, au rattachement de la SSA à la Présidence, en supprimant son ministère de tutelle, afin de garder un oeil attentif sur cette Agence stratégique. «Nous venons de plonger dans un abîme et nous nous efforçons de revenir au sommet ", a-t-il déclaré.

D’aucuns estiment, en effet, qu’il y a eu une grave politisation et une «factionnalisation» de la communauté du renseignement au cours de la dernière décennie, sur la base des factions du parti au pouvoir, entraînant un mépris presque total pour la Constitution, la politique et la législation.

La Commission d'enquête, qui porte également le nom de son président, Raymond Zondo, a été mise en place pour enquêter sur le phénomène de la "capture de l’État" qui réfère aux vastes détournements de fonds publics par des hommes d'affaires, des politiciens et des fonctionnaires durant les deux mandats de l'ex-président Jacob Zuma (2009-2018).