La guerre d'Algérie, un conflit dont les plaies sont encore vives

AFP - Publié le Mercredi 20 Janvier 2021 à 11:59



D'une durée de huit ans, la guerre d'Algérie n'a été reconnue comme telle par la France qu'en 1999, et ses plaies sont encore vives.


Dans une Algérie colonisée par la France depuis 1830 et dont les revendications ont été réprimées dans le sang en 1945, une soixantaine d'attentats simultanés, signés par un FLN (Front de libération nationale) jusqu'ici inconnu, créent la stupeur à la Toussaint 1954.

Commence alors un conflit qui fit près de 500.000 morts civils et militaires, dont quelque 400.000 Algériens, selon les historiens.

Pendant huit ans, la répression implacable de l'armée française répond aux massacres et aux attentats du FLN, qui élimine aussi ses concurrents nationalistes du MNA (Mouvement national algérien) de Messali Hadj.

Début 1957, des bombes posées par le FLN explosent dans des cafés et stades d'Alger, faisant 15 morts et des dizaines de blessés. Le général Jacques Massu, doté des pleins pouvoirs de police, se lance alors dans un combat sans merci contre le FLN.

Jusqu'en octobre 1957, des milliers de suspects sont emprisonnés et torturés, beaucoup ensuite éliminés.

Dès 1958, une des victimes de ces tortures, le communiste Henri Alleg, livre son témoignage dans un livre choc, aussitôt interdit, "La Question".

Plus de quatre décennies plus tard, en 2001, le général Paul Aussaresses avoue avoir pratiqué la torture et, la même année, la militante du FLN Louisette Ighilahrizen raconte dans un ouvrage avoir été torturée et violée.

En mai 1958, sous la pression des militaires et des colons français en Algérie, le général de Gaulle revient au pouvoir et remplace la IVe République par la Ve. Après avoir maté en 1961 une tentative de coup d'Etat des généraux, il négocie avec le FLN.

Le 19 mars 1962, les accords d'Evian proclament un cessez-le-feu immédiat et ouvrent la voie, pour le mois de juillet, à l'indépendance de l'Algérie, dont le dirigeant du FLN Ahmed Ben Bella deviendra le premier président.

S'ensuivent plusieurs mois de chaos, qui voient les partisans de l'Algérie française de l'OAS (Organisation de l'armée secrète) fomenter à leur tour des attentats et les colons s'enfuir. Au total, près d'un million de "rapatriés" arriveront en France.

Quelque 60.000 harkis, auxiliaires algériens de l'armée française, les accompagnent. Mais 55.000 à 75.000 sont abandonnés à leur sort par la France en Algérie et, pour la plupart, massacrés.

La France ne qualifie officiellement cette période de guerre qu'en 1999.

Comme Valéry Giscard d'Estaing, premier chef d'Etat français à avoir effectué en 1975 une visite officielle dans l'Algérie indépendante, François Mitterrand et Jacques Chirac se gardent de condamner la colonisation.

En 2007, à Alger, Nicolas Sarkozy déclare que "le système colonial a été profondément injuste" mais souligne qu'"à l'intérieur de ce système, il y avait beaucoup d'hommes et de femmes qui ont aimé l'Algérie, avant de devoir la quitter". Il évoque "d'innombrables victimes des deux côtés".

En 2012, François Hollande, à Alger, évoque la colonisation et déclare que "pendant 132 ans, l'Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal".

Le 19 mars 2016, il est le premier président à commémorer la fin de la guerre d'Algérie, provoquant une levée de boucliers.

En septembre 2018, le président Emmanuel Macron reconnaît que le jeune mathématicien communiste Maurice Audin, arrêté à Alger par l'armée française en 1957, est mort sous la torture, puis demande "pardon" à sa veuve.

En octobre 2020, aux Mureaux (région parisienne), il estime que le "séparatisme" islamiste est en partie "nourri" par ce pan de l'Histoire. "Nous sommes un pays qui a un passé colonial" avec "des traumatismes qu'il n'a toujours pas réglés", dit-il. "La guerre d'Algérie en fait partie".


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Le Fil | Tribune