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Driss SABRI - MAP | Publié ici le Jeudi 21 Avril 2022

Le spectre de l’insécurité alimentaire plane sur l’Afrique de l’Est: des millions d’âmes pourraient basculer dans la famine




Les pays de l’Afrique de l’Est, frappés de plein fouet par la sécheresse dans plusieurs contrées de la sous-région, devraient faire face à une insécurité alimentaire d’un ni


Aggravée par les conflits armés qui déchirent certaines zones de la région, les chocs climatiques extrêmes, l’augmentation des déplacés, la flambée des prix des produits alimentaires de base née de la crise russo-ukrainienne, l’insécurité alimentaire qui touche plus de 29 millions de personnes en Somalie, Soudan du Sud, Ethiopie et au Kenya, pèse lourdement sur les moyens de subsistance de la population et leurs productions notamment agricoles, une situation alarmante qui exige l'attention de la communauté internationale pour éviter une crise humanitaire dévastatrice.

L’insécurité alimentaire n'est pas un phénomène nouveau dans la Corne de l'Afrique, la sous-région ayant connu cette situation toutes les décennies au cours du demi-siècle dernier mais, malheureusement, cette réalité n'a pas servi de leçon ni encouragé les organismes compétents à agir pour trouver une solution durable à cette catastrophe chronique, selon un analyste et éditorialiste éthiopien.

La situation dans la Corne de l’Afrique est extrêmement inquiétante, l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) en Afrique de l'Est a tiré lundi dernier la sonnette d’alarme en annonçant un chiffre de plus de 29 millions de personnes qui font face à l'insécurité alimentaire.

Selon un rapport publié lundi dernier à Nairobi par cette organisation sous-régionale, les prévisions météorologiques prévoient des précipitations insuffisantes pour une quatrième saison consécutive, estimant que cette situation plongera l'Ethiopie, le Kenya et la Somalie dans une sécheresse d'une durée jamais connue en 40 ans.

Sur le total des 29 millions, près de 16 millions de personnes ont besoin d'une aide alimentaire immédiate, a fait savoir le Secrétaire exécutif de l'IGAD, Workneh Gebeyehu, indiquant que les autres sont confrontées à l'insécurité alimentaire en raison d'autres facteurs tels que les conflits dans la région et en Europe, l'impact de la Covid-19 et les défis macro-économiques.

Il a, en outre, noté que 6 à 6,5 millions de personnes sont touchées par la sécheresse en Ethiopie, 3,5 millions au Kenya et 6 millions en Somalie, soulignant que 81.000 personnes sont menacées de famine dans le centre-sud de la Somalie.

Le responsable a également révélé que la sécheresse a causé de graves pénuries d'eau et de pâturages, entraînant une réduction de la production alimentaire, des pertes importantes de bétail et d'animaux sauvages ainsi qu'une augmentation des conflits liés aux ressources dans la région est-africaine.

L'IGAD a exhorté les Etats membres, les donateurs et les partenaires humanitaires à accélérer leur réponse d'urgence dans les pays touchés afin d'éviter une nouvelle aggravation de la crise humanitaire.

De son côté, la mission de l'ONU au Soudan du Sud estime que près de neuf millions, sur une population totale d'environ 11 millions, auront besoin d'une aide internationale cette année en raison d'une crise alimentaire et des conflits dans ce pays.

"L'insécurité alimentaire va se propager. Et c'est inquiétant en raison du changement climatique, des conflits et des déplacements" de la population, selon la mission onusienne à Juba.

En Somalie, l'Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a fait savoir le nombre de personnes souffrant de la faim devrait dépasser les 6 millions d’ici juin, soit 38% de la population du pays, déplorant le fait que le nombre des victimes de la faim pourrait atteindre 81.000 personnes.

"Ces chiffres alarmants témoignent de la dégradation de la situation. Sur l’ensemble de la Corne de l’Afrique, des millions de personnes sont susceptibles de basculer dans des situations de famine en raison de la sécheresse qui impacte leurs moyens de subsistance, leurs actifs productifs et la production alimentaire locale", affirme le directeur du Bureau des urgences de la FAO, Rein Paulsen.

Cette situation alarmante frappe la région d'Afrique de l’Est au moment où l’Union africaine (UA) a fait de la lutte contre la famine et la malnutrition une priorité au cours de l'année 2022, en se penchant sur cette menace qui pèse lourdement sur le Continent.

L’ampleur de cette menace, rappelle-t-on, a été révélée par un récent rapport de l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’UA et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA-ONU), qui a estimé à 281,6 millions le nombre des Africains sous-alimentés dans les différentes régions du Continent.

"En 2020, 281,6 millions d'Africains étaient sous-alimentés, soit une augmentation de 89,1 millions par rapport à 2014. On observe des variations importantes dans les niveaux et les tendances de la faim dans les sous-régions. Environ 44 % des personnes sous-alimentées dans le Continent vivent en Afrique de l'Est, 27% en Afrique de l'Ouest, 20% en Afrique centrale, 6,2 % en Afrique du Nord et 2,4 % en Afrique australe", souligne le rapport.