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Les experts de l'ONU préoccupés par les arrestations arbitraires et l’usage excessif de la force contre les manifestants du Hirak en Algérie

Publié le Vendredi 3 Septembre 2021 | MAP



​Genève - Des experts de l’ONU ont une nouvelle fois interpelé les autorités algériennes au sujet des arrestations massives et arbitraires, de l’interdiction de manifester et de l’usage excessif de la force de la part des forces de l’ordre à l'encontre des manifestants pacifiques du mouvement du Hirak.


Dans une lettre publiée récemment sur le site des Nations Unies, des rapporteurs spéciaux de l’ONU affirment avoir « continué à recevoir des informations faisant état d’arrestations d’un nombre considérable de manifestants, de personnalités politiques, de journalistes et de personnes associées, de manière réelle ou supposée, avec le mouvement du Hirak».

Ces experts s’inquiètent notamment des « arrestations arbitraires massives de manifestants pacifiques, d’interdictions de manifester et d’un usage excessif de la force, y compris via l’utilisation de gaz lacrymogène et l’usage de matraques, de la part des forces de sécurité à l’encontre des manifestants du mouvement du Hirak, qui semblent directement liées à l’exercice de leur droit à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’ expression ».

Ils évoquent également la campagne d'arrestations massives de manifestants qui s'est intensifiée à l’approche des élections législatives du 12 juin 2021.

Ces victimes de l'arbitraire ont été arrêtées alors qu’ils manifestaient pacifiquement, indique la même source, soulignant que l’usage de la force est contraire aux dispositions du droit international qui protègent ceux qui exercent leur droit à la liberté de réunion pacifique ainsi que ceux qui surveillent les manifestations. Ces experts interpellent dans ce sens les autorités algériennes sur l'arrestation massive, le 14 mai 2021, de plus de 1.000 manifestants pacifiques dans 23 wilayas, notant qu'il s'agirait du plus grand nombre d'arrestations réalisées au cours d’ une journée depuis la reprise des manifestations le 22 février 2021. Parmi les personnes arrêtées, des personnalités et membres de partis politiques, des journalistes ainsi que des manifestants. Au cours de manifestations organisées le 21 mai 2021, 800 personnes ont été arrêtées dans plusieurs wilayas.

En outre, les experts s'attardent sur l’interdiction par les forces de l’ordre de la tenue de nombreuses marches du Hirak, par le déploiement d’un important dispositif de police.

En mai 2021, des manifestants auraient essayé pacifiquement de passer à travers des barrages policiers à Alger, mais les forces de sécurité auraient fait usage de gaz lacrymogènes et de matraques afin de disperser les manifestants et d’empêcher les manifestations. Aucun acte de violence de la part des manifestants n’aurait été enregistré, font remarquer les auteurs de la lettre. Par ailleurs, l'accès à Internet sur les téléphones portables aurait été interrompu pendant diverses manifestations dans plusieurs wilayas, empêchant ainsi une couverture médiatique des manifestations.

« Selon les informations reçues, le nombre total d’ arrestations depuis notre dernière communication du 21 avril 2021, s ’élèverait à 3.700 manifestants, alors que les manifestations auraient été, selon nos informations, pacifiques », soulignent les experts de l’ONU.

La lettre évoque également les peines de prison prononcées à l'encontre des militants pacifiques du Hirak. Elle se fait également l’écho des informations concernant « la perturbation de l'Internet, qui restreint indûment le droit à la liberté d'opinion et d'expression, y compris le droit de chercher, de recevoir et de communiquer des informations, et la liberté de réunion pacifique ».

La lettre a été signée par le Rapporteur spécial sur le droit de réunion pacifique et la liberté d'association, la Vice-présidente du Groupe de travail sur la détention arbitraire, la Rapporteuse spéciale sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression, la Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs des droits de l'homme, ainsi que le Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Elle vient s'ajouter aux multiples rapports de l'ONU, et d'organisations régionales et internationales dénonçant la répression croissante et les campagnes de harcèlement menées par le régime algérien contre les militants du Hirak qui réclament l'édification d'un État civil et de droit démocratique.