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Revue de la presse quotidienne internationale maghrébine du 14/09/2021

Publié le Mardi 14 Septembre 2021 | MAP



​Tunis - La polémique sur l'amendement de la Constitution en Tunisie, la vague de répression contre les activistes des droits de l'Homme en Algérie et la fermeture de dizaines de pharmacies en Mauritanie pour violation de la loi sont les principaux sujets abordés mardi par la presse maghrébine.


Dans son éditorial intitulé "Un nouvel Etat", "La Presse de Tunisie" écrit que d'après les premières révélations du Chef de l'Etat et de son conseiller Walid Hajjem, la marche pour une nouvelle République serait bien enclenchée.

Il estime qu'il est temps de reconstruire un Etat qui s'abîme dans l'impuissance, dans la faillite économique, dans la corruption, dans les discriminations sociales, dans le chômage et la pauvreté.

Il fait remarquer qu'hormis la lutte contre les lobbies qui ont fait main basse sur les richesses de la nation et saigné aux quatre veines le Trésor public, il s'agit aussi de reconsidérer la façon de penser et la manière de gouverner.

Il souligne que certes, le problème réside dans la Constitution, le système politique, le Code électoral, mais aussi dans l'incapacité croissante de la nation à protéger ses enfants qui nourrissent l'exaspération sociale et le dénigrement.

Selon l'éditorialiste, c'est que l'affaiblissement de la nation renforce la crispation identitaire, attise la haine de l'autre, nourrit le terrorisme et favorise l'émigration irrégulière.

Le quotidien note que c'est cet affaissement de l'Etat et de ses institutions qui exige une nouvelle démocratie qui fonctionne au service des Tunisiens, faite de liberté, bâtie sur la confiance et la vérité et qui garantit les attributs de la dignité à tous.

Il relève que quand la patrie décline, le Tunisien ne grandit pas, il s'engouffre, expliquant que là où les institutions ont échoué et les partis ont trahi, il faut un renouveau, une nouvelle dynamique, un nouvel espoir.

De son côté, "Le quotidien", qui titre "Entre sagesse et dérapages", fait observer que lors de sa dernière sortie nocturne à l'avenue Habib Bourguiba, le Président Kaïs Saïed a mis les pendules à l'heure en déclarant qu'il respecte la Constitution, mais qu'il y a toujours des moyens pour modifier quelques textes selon les aspirations du peuple.

Pour Saïed, les futures orientations se dessinent un peu plus et il semble évident qu'il ne va point geler la Constitution actuelle et qu'il compte s'appuyer sur certains articles pour se débarrasser d'autres, rappelle-t-il.

Le journal estime que si, du côté de Carthage, on mentionne la nécessité de prendre en considération la volonté du peuple, essentiellement les citoyens qui ont exprimé leur satisfaction et leur attachement à ce qui s'est passé le 25 juillet 2021, c'est toute la société civile, avec ses principales forces vives, qui en est concernée.

Il relève que c'est dans ce contexte que la puissante centrale syndicale, l'UGTT suit l'actualité avec un grand intérêt et ne veut nullement se contenter d'un simple rôle de figurant.

Ainsi, la Centrale syndicale vient de communiquer toute une feuille de route qu'elle compte proposer au président de la République pour accélérer le rythme des réformes promises, notamment sur le plan politique, commente-t-il.

Il fait savoir que cette feuille de route, analysée par des observateurs et des experts politiques, est intéressante à plus d'un titre car elle propose des solutions de sortie de cette crise politique (Constitution, élections législatives anticipées, nomination du nouveau chef du gouvernement et formation d'une nouvelle équipe gouvernementale... ) et elle touche à quasiment tous les dossiers brûlants qui doivent être ouverts le plus tôt possible comme le transfert du rapport de la Cour des comptes sur les résultats des élections présidentielles et législatives de 2019 devant les autorités judiciaires compétentes et la mise en place les mécanismes adéquats pour concrétiser les décisions qui en émanent.

D'après le journal, cette feuille de route appelle également à prendre les mesures adéquates pour assainir le secteur de la justice et surtout évaluer les performances des instances constitutionnelles qui n'ont pas donné satisfaction, à l'image de l'Instance supérieure indépendante pour les élections, l'Instance de lutte contre la corruption et surtout l'Instance Vérité et Dignité.

L'UGTT, qui a déjà proposé l'organisation d'un Dialogue national il y a quelques mois, ne veut surtout pas assister passivement à tout ce qui se passe et ne veut faire de cadeaux à aucune des parties concernées par la crise politique actuelle qui doit prendre fin très vite et laisser la voie à des réformes positives qui contribueront à assurer la stabilité du pays, se débarrasser définitivement du chaos causé par ceux qui ont gouverné pendant la dernière décennie et permettre à la Tunisie d'engager le redressement espéré, surtout dans le domaine économique, poursuit la même source.

Pour sa part, "AlgériePartPlus" fait état d'une ambiance "début des années 90" en Algérie avec la recrudescence de la vague d'arrestations, d'incarcérations et de répression quotidienne.

"Silence, on réprime ! C'est la phrase qui résume le mieux le déroulement des évènements actuels en Algérie", commente le média, relevant que chaque jour, des arrestations et des incarcérations sont rapportées par les défenseurs des Droits de l’Homme et les rares avocats qui sont encore engagés en faveur de la défense des libertés civiles et publiques.

Pis encore, certains observateurs avertis n’hésitent pas à faire le parallèle entre la situation politique actuelle du pays avec les fortes tensions ayant caractérisé le début des années 90, la période sinistre qui a précédé les violences de la guerre civile en Algérie, décrit l'auteur de l'article, qui précise que ce parallèle trouve son sens si l’on regarde de près la répression quotidienne menée par les services de sécurité contre de nombreux membres de l’opposition algérienne dont certaines tendances sont tout bonnement qualifiées de "terroristes" par les autorités algériennes.

Il fait savoir que lundi, de nouveaux assauts particulièrement brusques ont été menés à l’encontre de militants et opposants pacifiques mêmes s’ils sont sympathisants de certains mouvements considérés comme radicaux à l’image du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) ou le mouvement qualifié d’islamiste de Rachad.

Il fait savoir que lundi, le domicile d’une femme "qui n’a jamais porté les armes ni appelé à la sédition violente", a été encerclé par plusieurs agents des services de sécurité, précisant qu'il s’agit du domicile de la militante Mira Moknache, enseignante universitaire et ancienne militante du MAK.

"Oui, cette militante très engagée en Kabylie a annoncé sa démission des rangs du MAK depuis le 14 mars 2021 lors d’une émission diffusée par "Berbère TV". Mais, visiblement, ce positionnement ne rassure pas les autorités algériennes qui ont envoyé une dizaine de policiers pour arrêter une simple femme désarmée et pacifique en dépit de ses idées radicales concernant l’avenir de la Kabylie", regrette-t-il.

Il ajoute que pendant la même journée, le journaliste Mohamed Mouloudj qui travaille au quotidien "Liberté" a été arrêté par des éléments de la Gendarmerie Nationale qui ont perquisitionné son domicile et l’ont placé en garde-à-vue visiblement pour ses "liens avec le MAK".

L’écrivain et chercheur Abdesselam Abdenour a fait les frais lui-aussi de cette campagne d’arrestations arbitraires, dénonce-t-il, expliquant que derrière chaque arrestation, les sources sécuritaires avancent toujours la même explication, la sempiternelle version des faits, à savoir des "liens directs ou indirects avec le MAK", qualifié d’organisation terroriste depuis fin mai 2021.

Dimanche dernier, c’était le journaliste algérien et défenseur des droits humains Hassan Bouras qui a été placé en détention provisoire notamment pour "apologie du terrorisme", fait savoir la même source.

La même source relève, en citant le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), qu'environ 200 personnes sont en prison en lien avec le mouvement de protestation pro-démocratie Hirak qui secoue le pays sporadiquement depuis 2019.

Elle fait observer qu’une nouvelle vague de répression a déferlé sur l’Algérie après le meurtre tragique de l'activiste Djamel Bensmail le 11 août dernier en Kabylie.

Il rappelle que depuis cette sinistre séquence, les arrestations et incarcérations ont pris une nouvelle dimension dramatique et à chaque fois, les lobbies médiatiques proches du pouvoir algérien et même les services de sécurité communiquent sur les personnes interpellées ou accusées pour les associer au déclenchement des feux de forêt en Kabylie au mois d’août passé.

"C’est dire que tout est savamment orchestré et calculé pour justifier la - légalité- de cette répression inédite et violente", déplore-t-il.

En Mauritanie, la presse locale revient sur la décision des autorités de fermer des dizaines de pharmacies pour violation de la loi.

Les médias locaux relèvent que ces pharmacies ont été fermées sur la base de PV établis par des missions d'inspections inopinées menées par le ministère de la santé au cours du mois d’août dernier, au niveau des 3 wilayas de Nouakchott et de la wilaya de Dakhlet Nouadhibou.

Quelque 295 officines avaient été touchées par les mesures disciplinaires prises, ont ajouté les mêmes sources, citant le Département de la Santé, selon lequel, 7 pharmacies ont été fermées pendant un mois pour vente de médicaments de provenance inconnue.

D'après les mêmes sources, 40 autres officines se sont vues appliquer la même mesure, pour absence du responsable technique, alors que 101 établissements ont été fermés pour une période de 3 jours en raison de l'augmentation des prix, de la non facturation ou de l'absence d'inscription des prix sur les emballages des médicaments.