Marocafrik : Bulletin d'information maroco-africain

MAP - le Jeudi 16 Septembre 2021 à 14:46 |

Revue de la presse quotidienne internationale maghrébine du 16/09/2021


           

​Tunis - Les derniers développements politiques en Tunisie, la situation des droits de l'Homme en Algérie et l'élimination par les forces françaises du chef du groupe jihadiste "état islamique au Grand Sahara" (EIGS) et mercenaire du "Polisario", Adnan Abou Walid al-Sahraoui sont les principaux sujets abordés jeudi par la presse maghrébine.


En Tunisie, "Le Quotidien", qui titre dans son éditorial intitulé "Une lenteur qui s'impose", fait observer que plus d'un mois après le 25 juillet, le président Kaïs Saïed donne l'impression de tergiverser, d'hésiter et même de se contredire, mais la réalité pourrait être autre.

"C'est que la nomination d'un chef de gouvernement a beaucoup tardé, selon nos honorables hommes politiques qui ont hâte de voir cette situation exceptionnelle prendre fin car, pour eux, elle ne peut que constituer un grand danger", ajoute-t-il.

Il estime que ceux qui ont eu à gouverner, à travers leurs partis politiques au pouvoir ou au sein du Parlement et des gouvernements de l'après-2011, semblent perdre, de jour en jour, leur lucidité face à un présent qui ne bouge même pas et un lendemain très incertain où tout peut arriver.

"Et à ce jeu là, le président de la République ne semble guère pressé ou contraint d'agir vite. Ses propos lors de sa dernière réunion avec trois éminents spécialistes en droit constitutionnel viennent confirmer qu'il est en train de préparer le terrain à ce nouveau gouvernement, conscient qu'il est de ne pas mettre la charrue avant les bœufs", explique-t-il.

Il se demande si une nouvelle équipe gouvernementale est capable de faire du bon travail alors que la route demeure encore endommagée par des décennies de désordre et de totale corruption à tous les niveaux.

Il note que le chef de l'Etat a raison de préciser que "Former un gouvernement est important, mais ce n'est pas une finalité en soi, le plus important étant d'avoir une vision de la politique du gouvernement.

Il estime que le président Saïed veut aller au bout de la purge qu'il a entamée et ne veut prendre aucun risque quant à un éventuel retour de manivelle.

Selon l'éditorialiste, cette démarche, "à la fois logique et dangereuse avec une situation exceptionnelle qui dure de plus en plus, a de quoi gêner, voire terrifier les opposants de Saïed".

Il fait savoir que pour une classe politique habituée à tous les écarts dans une totale impunité, ce qui se passe depuis le 25 juillet n'est point rassurant, ajoutant que ce sont les hommes politiques et les hommes d'affaires qui ont longtemps cohabité avec les réseaux et les barons de la corruption qui ont encore plus peur que les autres.

Pour le moment, certains demeurent encore intouchables ou pas concernés par des mesures judiciaires particulières, mais ils sont sur le qui vive, craignant à tout moment d'être appelés à rendre des comptes, note-t-il.

Il précise que d'autres, plus impliqués dans des affaires de corruption qu'ils pensaient à jamais enterrées, vont devoir attendre un sort incertain, sous bonne garde, soulignant que c'est dans ce contexte que survient l'appel de quelques députés ayant appartenu à des partis grandement accusés de corruption, pour trouver une issue à cet inquiétant statu quo, à l'image de Yadh Elloumi, l'ancien homme fort de "Qalb Tounès", qui vient de lancer un appel à tous les députés pour démissionner et permettre plus facilement au président de la République de dissoudre le Parlement.

"A y réfléchir, ce député semble avoir fait travailler toutes ses neurones pour trouver une telle solution", commente-t-il, indiquant que ça va permettre de quitter la scène politique, momentanément ou définitivement, sans avoir à passer par la justice ou à rendre des comptes au moment où tout le pays sera plongé dans la préparation de nouvelles élections législatives.

C'est dire que ça s'agite dans le giron des partis politiques beaucoup plus qu'au palais de Carthage avec un président de la République qui prône la lenteur, au grand dam de ses adversaires qui souhaitent le voir accélérer les pas et, pourquoi pas, trébucher et leur permettre de rebondir et de s'en sortir aux moindres frais, estime-t-il.

En Algérie, "Liberté" écrit que des dizaines de personnes ont été appréhendées par les services de sécurité à travers le territoire national, notamment en Kabylie soumise à une intenable pression, ajoutant que cette vague d'arrestations plonge le pays dans un climat de peur à la veille des élections locales.

"Les arrestations tous azimuts se poursuivent à une cadence soutenue et font régner un climat de terreur. La psychose s’installe notamment en Kabylie où plusieurs arrestations sont opérées", commente-t-il, relevant qu'alors que la région peine à se relever du drame des feux de forêt, les citoyens sont plongés dans une extrême tension due aux arrestations quotidiennes.

Selon l'auteur de l'article, des militants, hirakistes ou de simples citoyens ayant exprimé un simple avis ou une opinion discordante, sont interpellés, arrêtés et mis, le plus souvent, sous mandat de dépôt.

Cette déferlante n’épargne plus personne et touche indistinctement des femmes, des hommes, des universitaires, des chômeurs ou des activistes pacifiques, dénonce-t-il, faisant état d'un climat de tension et d’inquiétude sans précédent qui s’est emparé du pays, plongeant l’opinion dans une grande inquiétude.

Il fait savoir que lundi dernier, pas moins de 16 personnes ont été arrêtées à Tizi Ouzou et à Béjaïa pour des liens avec le mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK), une organisation indépendantiste, classée comme terroriste par les autorités algériennes le 18 mai 2021.

"La semaine dernière, pas moins de 30 personnes ont également été arrêtées et placées en détention provisoire. Parmi elles, 7 individus accusés d’appartenance au MAK", regrette la même source, estimant qu'évidemment, les "enquêtes" sur les incendies de forêt, début août, d’origine criminelle, selon les autorités, et l’assassinat, dans des conditions barbares, de Djamel Bensmaïl n’expliquent pas, à elles seules, le rythme "effréné" de ces arrestations.

Dans le sillage de l’embarquement de dizaines d’individus, suspectés d’appartenir au mouvement "terroriste", plusieurs personnes, à travers le territoire algérien, sont appréhendées par les services de sécurité, parfois de manière brutale, déplore-t-il encore, relevant que le Comité National pour la Libération des Détenus (CNLD) recense, à ce propos, quotidiennement, les arrestations de jeunes, hommes, femmes, de toutes les catégories sociales, dans plusieurs régions du pays.

A quoi cette opération sécuritaire de grande envergure obéit-elle ?, se demande le journal, estimant qu'il s’agit, décidément, du même modus-opérande testé avant les élections présidentielle et législatives passées, avec, semble-t-il, les mêmes motivations qui ont dicté la vague d’arrestations contre les militants et activistes.

Cité par le quotidien, le politologue Mohammed Hennad relève que l’objectif est clair : "Nous sommes à la veille d’une échéance électorale (les locales de novembre prochain, ndlr)".

"Le pouvoir nous a habitués maintenant, à l’approche des rendez-vous politiques, au rythme des arrestations en masse. Il pense, à tort, passer le cap de ces élections dans un climat -serein-, en étouffant toutes les voix discordantes et susceptibles de perturber les élections", affirme le politologue.

"L’objectif principal de cette politique du tout-sécuritaire, à travers les arrestations en masse, est sans doute d’en finir avec le mouvement insurrectionnel du Hirak", selon la même source.

En somme, le pays est dangereusement propulsé dans l’incertitude, met en garde le journal, rappelant que des personnalités politiques et des intellectuels ne cessent d’alerter sur les risques du "tout-sécuritaire" qui n’est porteur d’aucune réponse fiable aux multiples difficultés que le pays doit surmonter.

En Mauritanie, les médias locaux dont "Sahara Média" revient sur l'annonce du président français Emmanuel Macron faisant état de la mort du chef du groupe jihadiste "état islamique au Grand Sahara" (EIGS) et mercenaire du "Polisario", Adnan Abou Walid al-Sahraoui lors d'une opération menée par les forces françaises.

Ils relèvent que dans un Tweet, le chef de l’Etat français s'est félicité d'"une autre importante victoire dans notre guerre les groupes terroristes dans la région du Sahel".

Ils rappellent qu'en 2020 la France avait désigné l’organisation Daech dans le grand Sahara comme son plus grand ennemi dans la région.

Selon ces médias, Adnan Abou El Welid Essahraoui a fait parler de lui en 2012 et 2013 quand il était l’un des chefs du "groupe de l’unicité et le Djihad en Afrique de l’ouest" qui faisait partie des groupes occupant le nord du Mali en 2012 et avait été membre du "Polisario".