Revue de la presse quotidienne internationale maghrébine du 21/09/2021

Publié le Mardi 21 Septembre 2021 à 14:19 | MAP


​Tunis - Les derniers développements politiques en Tunisie, la mauvaise gestion des deniers publics en Algérie et les prochaines concertations politiques en Mauritanie sont les principaux sujets abordés mardi par la presse maghrébine.


Sous le titre "Avant qu'il ne soit trop tard", l'éditorialiste de "La Presse de Tunisie" fait observer que le constat s'est progressivement cristallisé après le 25 juillet : l'heure des grands changements a sonné.

Lorsque les acteurs sont défaillants ou que les comportements attirent la désapprobation publique, c'est tout le paysage politique et ses différentes composantes qui sont pointés du doigt, ajoute-t-il.

Le journal note que le contexte de ces dix dernières années constitue un exemple révélateur de la dévalorisation comptable de l'action et de l'activité politiques.

Il précise que tout ce qui a été accompli est remis en cause, faisant remarquer que la crise politique que connaît la Tunisie révèle les lignes de fractures d'un environnement et d'une gouvernance politiques dépassés par le temps et par les événements.

Selon l'éditorialiste, sans qu'il soit ici question de condamner qui que ce soit, la connaissance de l'intérieur et des coulisses permet d'en donner une vision caricaturale de toutes les dérives et de tous les manquements qui ont contraint les Tunisiens à vivre l'une des plus mauvaises décennies de l'histoire du pays.

Il rappelle que 72,2% de ces Tunisiens font aujourd'hui confiance à Kaïs Saïed selon les résultats du dernier sondage d'opinion réalisé par Sigma Conseil.

Plus encore, le Président de la République occupe la première place dans les intentions de vote à la présidentielle avec 90%, ajoute la même source, précisant que le baromètre politique montre, encore une fois, que la confiance que les Tunisiens nourrissent en faveur de leur président est toujours intacte.

Mais autant il est permis à Saïed de compter sur une assise électorale conquise, autant il lui est aujourd'hui nécessaire de ne pas ignorer les attentes et les aspirations du peuple, y compris même ceux qui ne font pas partie des coordinations et des parties qui le soutiennent publiquement, souligne-t-il.

Pour sa part, "Le quotidien", qui titre "Comme si de rien n'était", écrit qu'alors que la journée de samedi, chaude et animée, a fait du bruit pour tous les Tunisiens, il y a une seule personne qui n'a point été secouée par les mouvements sociaux et politiques qui ont eu pour théâtre l'avenue Habib Bourguiba, au centre-ville de Tunis.

"Ceux qui ont attendu une sortie nocturne de Saïed sur cette même avenue pour marquer sa présence comme il l'a déjà fait à plusieurs reprises, ont déchanté puisqu'il n'a pas quitté son antre et n'a même pas fait de commentaires au moment où les deux mouvements opposés de ces manifestations le concernaient directement", fait-il remarquer.

Il souligne que ces rassemblements n'ont pas réuni plus que quelques centaines de personnes et n'ont pas fait trop de bruit car, qu'on le veuille ou pas, ils étaient programmés par des partis politiques, du moins celui qui s'est prononcé contre les actions entreprises par le président Kaïs Saïed un certain 25 juillet 2021, ce qui dénote le manque d'intérêt chez les citoyens qui y ont assisté en spectateurs ou l'ayant franchement boudé.

C'est dire que ce soubresaut dans le camp des opposants de Saïed, conduits essentiellement par Ennahdha et ses satellites Qalb Tounès et Al Karama, semblent ne plus pouvoir faire revenir la machine vers l'arrière, d'autant plus que ces trois partis, qui forment la majorité au Parlement, n'arrivent plus aujourd'hui à réunir des milliers de manifestants ou, peut-être, n'ont plus les moyens financiers et logistiques pour le faire comme c'était le cas avant lorsqu'ils tenaient les rênes du pouvoir, explique-t-il.

Il note que c'est pour cette raison que certains observateurs politiques avertis estiment que ce qui s'est passé samedi n'était qu'un constat d'échec pour les forces opposées à Saïed même si le Président de la République ne peut en tirer aucun profit puisque même ses partisans n'affichent plus la même sérénité et le même enthousiasme que celui constaté le 25 juillet.

De son côté, "Le Temps" estime qu'il est vrai que le chef de l'Etat prend tout le monde à contre-pied, lorsqu'il drape la légalité de la légitimité, dichotomie ayant toujours fait l'objet de grandes controverses dans le cercle dissolu des constitutionnalistes tunisiens et des publicistes français de renom.

Entre les deux, il y a cependant un "banal" impératif: la morale publique et c'est précisément cette morale qui a été cyniquement bafouée durant toute une décennie de hautes turbulences, d'enrichissements illicites, de passe-droits et de suprématie de cet Etat profond ayant sciemment dérogé aux règles premières de la bonne gouvernance, déplore-t-il.

Il se trouve cependant que le président Kaïs Saïed caracole dans les sondages, tandis que ses compétiteurs de la Présidentielle de 2019 s'agrippent aux chimères, fait-il observer.

Au bout du compte, c'est toute une recomposition du paysage politique qui se meut par la force des choses, soutient-il.

En Algérie, le journal "Liberté" relève que les surcoûts exorbitants que génèrent les réévaluations récurrentes des projets d'équipements publics pèsent lourdement sur le budget de l’Etat, estimant qu'il s'agit d'un véritable gouffre financier, mais aussi une source de gabegie.

Les opérations de réévaluation à répétition des projets d’équipements publics ont coûté à l’Etat 8.908 milliards de dinars (1 euro = 161 dinars) sur la période 2005-2020, soit une moyenne de près de 600 milliards de dinars par an, fait savoir le journal.

D'après la même source, le chiffre a été communiqué par le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, lors d’une plénière consacrée à ses réponses aux questions des députés sur le plan d’action du gouvernement.

Les effets pervers de la politique d’expansion budgétaire qui a marqué les 20 dernières années ne sont plus un tabou, commente-t-il.

Il souligne que certes, le pays avait un besoin criant en infrastructures et investissements, mais la dépense publique de la décennie 2000, voire jusqu'en 2015 -années marquées par une hausse des cours mondiaux du pétrole- a donné lieu à de multiples fléaux économiques, à l’image de la corruption, de la gabegie et du gaspillage des ressources financières.

Bien que les budgets étaient codifiés par une loi de finances principale et une loi de finances complémentaire, devenue une règle, les gouvernements de l’époque semblaient se ménager des marges de manœuvre supplémentaires afin de réévaluer des projets d’équipements et des autorisations de programme, détaille-t-il.

Il précise que le montant des surcoûts générés par la réévaluation à répétition des projets, communiqué par le Premier ministre, donne le tournis et renseigne sur une pratique érigée en règle dans la budgétisation et la gestion des programmes d’investissement public.

"On parle ici d’une dérive qui représente près de 80 milliards de dollars en quinze ans, soit près du double du solde actuel des réserves de changes", regrette l'auteur de l'article, qui relève que dans ses rapports d’appréciation sur l’exécution des budgets, la Cour des comptes a, pourtant, à maintes reprises, sonné le tocsin quant aux surcoûts résultant des réévaluations successives des projets. Pratiquement tous les ministères et les institutions de l’Etat s’adonnaient à cette pratique pourtant si nuisible à l’économie, fait-il savoir.

Il rappelle que dans certains cas cités par la Cour des comptes, le taux de réévaluation des autorisations de programme atteignant les 1000%.

Dans leurs différents rapports, les magistrats financiers de la Cour des comptes ont écrit que l’absence ou l’insuffisance de maturation des opérations d’investissement, notamment en matière des études des projets, a été à l’origine de réévaluations répétées des opérations d’équipement, poursuit la même source.

Selon le journal, l’examen par la Cour des comptes des budgets d’équipement a permis de relever qu’un nombre important d’opérations a fait soit l’objet de réévaluations, soit de restructurations et, dans certains cas, les deux à la fois, durant la phase de réalisation des projets et parfois même avant le lancement des travaux d’exécution.

Les modifications opérées ont porté le plus souvent sur les coûts, la consistance physique des travaux, les délais d’exécution ou encore sur la structure des projets, écrit le journal en citant un rapport de la cour des comptes.

Les importations des services à coups de 10 à 12 milliards de dollars annuellement n’ont pas servi, semble-t-il, à anticiper les surcoûts à travers une bonne maturation et une gestion efficiente des projets, regrette-t-il, notant que la pratique de la surfacturation et de la réévaluation des projets a été l’une des caractéristiques de la gouvernance économique des années post-2000.

En Mauritanie, "Al Akhbar" revient sur les déclarations du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani qui a souligné lundi que les prochaines concertations nationales n'excluront aucune personne ni aucun sujet.

Selon la même source, le chef de l'Etat mauritanien a également considéré les futures concertations comme une approche créative pour discuter des questions d'intérêt public, appelant les participants aux concertations à tirer de leurs riches expériences pour formuler des suggestions constructives.