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MarocAfrik - le Samedi 13 Novembre 2021 à 12:24 |

Sénégal: la tension préélectorale gagne la capitale


           

Les tensions préélectorales ont gagné mercredi la capitale sénégalaise Dakar, où l'opposition a appelé à la mobilisation pour la libération de trois personnalités arrêtées lors de heurts ravivant le spectre des émeutes de mars.


Le sort des opposants, Ousmane Sonko, Barthélémy Dias et Elhadji Malick Gakou, donnait lieu à une grande confusion en début de soirée, leur camp annonçant leur placement en garde à vue tandis que des jeunes commençaient à brûler des pneus sur l'un des principaux axes de Dakar, un de leurs avocats annonçant au contraire à l'AFP leur libération.

"J'invite les Sénégalaises et les Sénégalais, hommes, femmes et enfants à se tenir debout pour renforcer et protéger notre démocratie, pour que les camarades retrouvent leur liberté", a lancé devant la presse l'ancien maire de Dakar, Khalifa Sall, membre de la même coalition que les trois hommes. "J'invite nos camarades au combat et à la mobilisation", a-t-il insisté.

Des jeunes sont aussitôt descendus dans la rue pour bloquer l'une des artères de la capitale, sur laquelle les forces de l'ordre ont été dépêchées en nombre pour les déloger.

Au même moment pourtant, Me Ciré Clédor Ly, se présentant comme l'un de leurs avocats, disait avoir assisté à la libération des trois hommes sans charge.

M. Sonko, annoncé comme un des principaux concurrents à la présidentielle de 2024, Barthélémy Dias, candidat à la mairie de Dakar en janvier prochain, et Elhadji Malick Gakou, ancien ministre, ont été interpellés à la suite de heurts entre leurs supporteurs et les forces de l'ordre sur le chemin du tribunal où M. Dias devait comparaître pour une affaire de 2011.

Le cortège conduisant M. Dias au tribunal avec des centaines de supporteurs dans son sillage et MM. Sonko et Gakou à ses côtés s'est heurté à plusieurs reprises aux barrages de gendarmes ou de policiers.

Les sympathisants de M. Dias ont lancé des pierres, les forces de sécurité ripostant par des tirs de lacrymogènes.

Des images de l'AFP montrent MM. Dias et Sonko en venir aux mains avec les forces de l'ordre. Le cortège a fini par rebrousser chemin après l'interpellation de MM. Sonko, Dias et Gakou, conduits dans des locaux de police.

En mars, c'était M. Sonko, autre ardent détracteur du président Macky Sall, qui était convoqué au tribunal. Son arrestation alors qu'il se rendait en convoi au tribunal pour répondre à la convocation d'un juge pour des viols présumés qu'il réfute avait déclenché plusieurs jours de heurts et de saccages à Dakar et dans tout le pays, pourtant réputé comme un îlot de stabilité en Afrique de l'Ouest.

Les violences avaient fait au moins une douzaine de morts.

MM. Sonko, Dias et Khalifa Sall ont en commun d'avoir vu ou de voir les ennuis judiciaires troubler leurs desseins politiques. Tous crient au complot ourdi par le pouvoir, et dénoncent une justice instrumentalisée.

Mercredi matin, Dakar retenait son souffle, tant le script avec M. Dias pour personnage principal rappelait celui de mars et tant, en dehors du recul de la pandémie, les facteurs de crispation demeurent, à commencer par les difficultés socio-économiques pour une population pauvre et éprouvée.

La campagne pour les élections municipales et départementales de janvier 2022 a déjà donné lieu à des heurts sporadiques en province. L'invalidation d'un certain nombre de listes de candidats aux élections a ajouté à l'irritation de l'opposition.

Des centaines de policiers en tenue anti-émeutes, soutenus par des engins lourds, avaient été disposés autour du tribunal et dans Dakar.

M. Dias, maire d'une commune d'arrondissement de la capitale, devait être jugé en appel avec d'autres pour la mort en 2011 de Ndiaga Diouf, un lutteur décrit par l'opposition comme un nervi du régime. Il avait été abattu par balle lors de l'assaut donné à la mairie de M. Dias par de supposés sympathisants du parti au pouvoir, dans un contexte de contestation grandissante contre une candidature du président sortant Abdoulaye Wade à un troisième mandat en 2012.

M. Dias, jugé avec une douzaine d'autres, avait été condamné en 2017 à deux ans de prison, dont six mois ferme.

Depuis, le procès en appel a été renvoyé à de multiples reprises. Devant son audiencement en pleine campagne, M. Dias crie au stratagème pour saboter sa candidature à la mairie de Dakar, ce que réfute le parquet général.

Finalement, l'audience, ouverte vers 9H30 (locales et GMT) sans M. Dias, pas encore parti de chez lui à plusieurs kilomètres de là, a de nouveau été repoussée au 1er décembre, le président du tribunal invoquant la demande d'un prévenu, bien présent quant à lui.