MAP - le Mardi 7 Décembre 2021 à 16:38 |

“Takaful”: Entretien avec le président de l’AMFP, Hakim Bensaid



Le président de l’Association marocaine pour les professionnels de la finance participative (AMFP), Hakim Bensaid, a accordé un entretien à la MAP sur l’assurance “Takaful”, ainsi que sur les perspectives d’évolution de la finance participative au Maroc. En voici la teneur:
1. L’ACAPS a publié, en octobre, une circulaire portant sur l’application des dispositions du Code des assurances relatives à l’assurance “Takaful”. Quelle est l’importance de cette assurance ?
L’assurance “Takaful” est une composante indispensable dans l’écosystème de la finance participative.
Son rôle n’est pas uniquement l’épaulement de l’activité bancaire mais aussi la contribution à l’inclusion financière d’une tranche importante de la population ne bénéficiant pas de l’assurance, en général.
Loin d’attiser les passions, ce secteur est plus demandeur d’une démarche professionnelle solide de conquête des clients par la compréhension approfondie de leurs besoins et leurs attentes, la présentation d’une offre innovante et la mise en place d’une communication adaptée !
Selon les estimations préliminaires des professionnels du secteur des Assurances au Maroc, la pénétration potentielle de l’assurance “Takaful” dans le système des Assurances au Maroc serait de l’ordre de 3% à 5% entre 5 à 10 ans du lancement de cette nouvelle industrie au Maroc.
Parallèlement, et considérant la clientèle des “particuliers”, un travail énorme nous attend par rapport à la vulgarisation de l’assurance “Takaful” et à la sensibilisation et l’initiation au concept de l’assurance.
L’étude sur “l’attrait de l’assurance participative dite ‘Takaful’ aux yeux des Marocains”, réalisée en janvier 2019 par le cabinet Kantar en partenariat avec l’AMFP est une preuve à l’appui !
Les résultats de l’étude sont comme suit:
– Par rapport au système des assurances en général: 75% qui déclarent ne pas souscrire à une assurance (dont 37% estiment n’en ont pas besoin et 27% déclarent n’y ont jamais pensé).
– En ce qui concerne le niveau de notoriété du système de “Takaful”: 13% des Marocains ont déjà lu, vu ou entendu parler de cette assurance.
– Sur la base du concept de “Takaful” qui a été exposé, 24% des Marocains considéreraient certainement souscrire à cette assurance. L’aspect conformité aux principes de la Charia, la notion de la solidarité, l’offre innovante et la rentabilité économique demeurent les principaux points appréciés.
Les 24% des Marocains qui considéreraient certainement souscrire à “Takaful” se composent comme suit:
– 10% sont bancarisés et 14% ne sont pas bancarisés;
– 5% sont assurés et 19% ne sont pas assurés;
– 5% sont des salariés dans un établissement privé, 2% sont des fonctionnaires dans un établissement public, 2% sont des commerçants ou entrepreneurs, 1% représente les Femmes au foyer de classe moyenne ou supérieure et 14% représentent les autres professions et couches de la société (i.e. étudiants, retraités, ouvriers etc.).
Sur la base de la description faite, l’assurance maladie (15%) est le produit qui affiche le plus grand intérêt, suivi par les autres produits d’assurance Vie (prévoyance et épargne).
– Quatre profils des marocains se dégagent:
*Les convaincus pèsent 22% et pensent que l’assurance “Takaful” est attendue depuis longtemps puisqu’elle est en adéquation avec leurs valeurs.
*Les avertis pèsent 26% et pensent que cette assurance est une bonne chose, en ligne avec leurs valeurs, mais il ne faut pas y aller les yeux fermés.
*Les indécis pèsent 43% et ne sont pas sûrs, ils pourraient y souscrire mais il faut vraiment les convaincre.
*Les réfractaires pèsent 9% et pensent que “Takaful” n’est que du marketing qui exploite la religion.
S’agissant de la catégorie de clientèle “entreprises”, il n’est pas aussi simple de les persuader étant donné que la décision prise à ce niveau là est basée essentiellement sur des considérations économiques (de coûts et de rentabilité).
2. Comment est-ce que les professionnels ont accueilli les derniers développements qu’a connus le marché de la finance participative ces derniers mois ?
Le bilan est prometteur. Au cours des 4 dernières années, le financement participatif (basé essentiellement sur le contrat « Mourabaha ») a réussi à se faire une place notable dans le paysage bancaire marocain.
Selon le rapport de Bank Al-Maghrib (BAM) des statistiques monétaires de septembre 2021, les financements accordés par les banques participatives ont augmenté, en glissement annuel, de 52,4% à plus de 18 milliards de dirhams (MMDH). Ces financements se répartissent sur l’immobilier (15,4 MMDH), la consommation (1,12 MMDH), l’équipement (1,38 MMDH) et la trésorerie (30 millions de dirhams).
Il convient de noter que cette prouesse a été réalisée malgré un manque cruel de ressources à vue jusqu’à fin septembre 2021 ! Pour y remédier, les banques participatives devraient à priori, commercialiser davantage des dépôts à vue et d’investissements afin de capter plus de dépôts.
Il faudrait également mettre en place un marché interbancaire participatif de gré-à-gré (permettant le refinancement entre les banques participatives d’une manière directe) et il faudrait aussi disposer d’un moyen de refinancement auprès de la banque centrale.
Les professionnels de la finance participative au Maroc s’accordent à dire que les réalisations des banques participatives seront nettement plus importantes dès la finalisation du développement de l’écosystème financier participatif:
L’arrivée prochaine sur le marché des autres produits de financement participatif, notamment le « Salam », « l’jara Mountahiya Bittamlik», « l’Istisnaa », devrait permettre aux banques participatives d’étoffer leurs offres et élargir leur base clientèle, avec non seulement les particuliers mais aussi le segment des professionnels et des entreprises.
Les banques participatives et les futurs opérateurs “Takaful” devraient établir une relation « win-win » en capitalisant sur le réseau de distribution « Bancatakaful » afin de capter un nouveau segment du marché et devraient aussi soutenir le marché des capitaux, à travers leurs placements dans des instruments financiers Charia Compliant (inexistants à ce jour au niveau du marché marocain) pour satisfaire les besoins de financement à moyen et long termes.
3. Quelles sont les perspectives de la finance participative au Maroc ?
Les professionnels du secteur financier au Maroc sont conscients du potentiel important de développement de la finance participative à l’échelle nationale et régionale.
La finance participative au Maroc semble promise à un bel avenir compte tenu des éléments suivants :
-La finance participative à travers des offres innovantes et uniques, n’est pas censée être là pour remplacer ou concurrencer directement la finance conventionnelle mais plutôt contribuer à l’inclusion financière d’une tranche importante de la population marocaine ne bénéficiant pas du système financier, en général ; ce qui devrait à priori améliorer les taux de bancarisation et de pénétration de l’assurance dans l’économie nationale;
-La création d’un écosystème financier générateur de chiffre d’affaires, d’emplois, de profits, etc;
-La finance participative est un excellent levier pour poursuivre le développement et croissance au Maroc avec la possibilité de financer l’économie nationale et susceptible de donner un tremplin pour des potentialités nouvelles. L’incitation à l’épargne / l’investissement Charia Compliant permettrait une mobilisation des capitaux pour financer plusieurs projets structurants (Infrastructure, Immobilier, Énergies Renouvelables, etc.) et devrait contribuer à la réalisation des objectifs nationaux en termes de la création de richesse et de l’emploi;
-Résilience aux aléas/chocs financiers (comme ça était démontrée suite à la crise des subprimes de 2008 et la crise sanitaire Covid-19 tout récemment !).
-La promotion des valeurs de solidarité et de mutualité (notamment, dans le système d’assurance “Takaful”);
-La Finance Participative est appelée à se développer de manière progressive. Le Maroc dispose d’énormément d’atouts avec un système bancaire stable et très résilient (donné en exemple à l’international), un marché des assurances important (classé 2ème en Afrique et 3ème dans le monde arabe en terme de volume d’affaires) et un marché des capitaux étant le mieux préparé (techniquement), lui permettant de prendre le lead sur cette nouvelle Finance sur le plan régional ; à travers le projet de Casablanca Finance City (CFC), le Maroc a de véritables opportunités pour devenir un hub de la finance participative en Afrique !
-Ayant des relations économiques solides avec les pays de Golf (GCC), le Maroc possède également toutes les chances pour capter une partie du volume d’affaire en Finance Participative estimé à environ 2.500 milliards de dollars dans le monde. A titre indicatif, la majorité des cotations Sukuk de nos partenaires GCC est réalisée à Londres et aujourd’hui la Bourse de Casablanca dispose de tous les prérequis pour coter une partie des Sukuk et donc, permettre aux investisseurs GCC de diversifier leurs zones géographiques.