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Zambie: Hichilema, l'opposant souvent malmené devenu président

Publié le Mardi 24 Août 2021 | AFP



Lusaka - Hakainde Hichilema était la figure même de l'éternel opposant, toujours second. La persévérance de l'homme d'affaires zambien parti de rien, souvent malmené par le pouvoir en place, a payé: mardi, il est officiellement investi président de son pays d'Afrique australe.


"HH" a écrasé son rival de toujours, le président sortant Edgar Lungu, en récoltant près d'un million de voix de plus que son adversaire à la présidentielle du 12 août, dans une course pourtant annoncée serrée depuis des semaines.

"C'est avec honneur, humilité et gratitude que je me tiens devant vous pour dire que le changement est là", avait-il déclaré, quelques heures après l'annonce de sa victoire la semaine dernière.

Submergé d'émotion quelques secondes, il avait essuyé une larme. Enfant, "je n'aurais jamais imaginé briguer la présidence", a-t-il dit. "Je suis né dans une hutte couverte de chaume, dans un village. Mes trois premières années d'école, je n'avais pas de chaussures".

Elevé comme un "garçon simple qui surveillait le bétail", l'homme d'affaires de 59 ans aujourd'hui richissime tentait sa chance pour la sixième fois à la présidence, pour la troisième fois face à M. Lungu.

Celui que la rue surnomme aussi "Bally", terme affectueux réservé aux pères ou aux aînés, avait jusqu'ici perdu toutes les élections depuis une quinzaine d'années.

Lors de la précédente présidentielle, en 2016, il avait perdu avec une marge si faible - à peine plus de 100.000 voix - qu'il avait contesté les résultats, affirmant que le scrutin lui avait été volé.

Arrêté une quinzaine de fois depuis qu'il fait de la politique, il a passé quatre mois à l'isolement en prison pour "trahison" après avoir refusé le passage à un convoi présidentiel juste après l'élection de 2016.

Dès son élection, et les félicitations de M. Lungu, "HH" a dénoncé "le régime brutal" de son prédécesseur, promettant une "meilleure démocratie" et le respect des droits de l'Homme et des libertés.

Orateur éloquent, toujours rasé de frais, M. Hichilema, front haut et sourcils broussailleux, a mené une campagne habile sur les réseaux sociaux et travaillé dur pour se débarrasser de son image élitiste, troquant souvent ses costumes sur mesure pour des treillis ou des jeans, plus simples.

Porté par le mot-dièse #BallyWillFixIt (Bally va régler le problème) ou le détournement de l'acronyme de la marque automobile BMW pour #BallyMustWin (Bally doit gagner), le candidat s'est exprimé régulièrement sur Twitter et Facebook: mots simples, ton direct, zéro verbiage.

Il a promis de redresser l'économie du pays endetté, notamment auprès de créanciers chinois, pour financer les grands travaux initiés par son prédécesseur alors que l'inflation flambait.

Lors de son dernier discours de campagne, M. Hichilema a affirmé qu'"offir une vie meilleure" aux Zambiens était ce qui le faisait courir: "Cela me peine de voir des citoyens se coucher sans avoir mangé".

Il déplorait aussi le potentiel sous-exploité des ressources naturelles de la Zambie, deuxième producteur de cuivre en Afrique.

M. Hichilema se décrit comme "un citoyen ordinaire, un Africain ordinaire".

Né en 1962 dans une famille pauvre du sud du pays, c'est son "cran" et sa "détermination" à l'école, a-t-il raconté à l'AFP, qui lui ont valu une bourse déterminante à l'université de Zambie.

Il en sort diplômé en économie, avant de prolonger ses études avec un MBA à l'Université de Birmingham, en Angleterre.

Il commence dans l'immobilier, investissant progressivement dans la finance, l'élevage, la santé et le tourisme. "HH" a siégé au conseil d'administration de plusieurs grandes entreprises zambiennes.

Chrétien de l'ethnie Tonga, il est marié et père de trois enfants. Il a financé des écoles, réglant régulièrement les frais de scolarité d'enfants défavorisés.