Torture des militants du "Hirak", l'Algérie fait face à une vague d'indignation et d'émoi

Publié le 04/02/2021
MAP - Mahmoud El Kali


Alger - Une vague d’indignation s’empare actuellement de la scène publique en Algérie, suite aux graves révélations faites, lundi, par les avocats d'un jeune étudiant et activiste du Hirak (mouvement de contestation) sur les tortures qu’il a subies depuis son placement en détention en novembre 2019 sans jugement.

Horrifiant les âmes sensibles, ces actes de torture et pratiques inhumaines et barbares ont été commis essentiellement à l'encontre des opposants et activistes du mouvement de contestation en Algérie, incitant certains d’entre eux à entrer en grève de la faim tandis que d'autres comptent lancer des actions en justice dans les tribunaux.

Me Nabila Smail, qui fait partie du Collectif de défense de l’étudiant Walid Nekiche, a livré un témoignage glaçant sur cette affaire, en évoquant des "aveux arrachés sous la torture" contre ce militant qui a "subi des sévices et des tortures physiques et moraux".

Walid, un activiste du Hirak poursuivi notamment pour "atteinte à l’unité nationale" et contre lequel le Parquet avait requis la prison à perpétuité, a déclaré devant le juge d’instruction avoir subi des tortures et sévices durant 12 jours, du 26 novembre au 2 décembre 2020, et ce n’est qu’à ce moment-là qu’il a été présenté devant le procureur qui a ordonné une poursuite et a confié l’enquête à un juge d’instruction", s’indigne Me Smail.

D’après Me Nacera Haddouche, un autre membre du Collectif de défense composé d’une trentaine d’avocats, qui ont déposé une plainte pour tortures, Walid a déclaré devant le juge d’instruction avoir subi des tortures et sévices, à la fois sur les plans physique et moral.

Pour l’avocate, le jeune étudiant, dont le dossier est "vide" et dans lequel "il n’y a pas de faits", "a besoin d’un suivi psychologique au vu des tortures qu’il a subies".

Lors de son audition, cet étudiant de 24 ans à l'institut national supérieur de pêche et de l'aquaculture d'Alger a affirmé qu'"il a subi des sévices sexuels et des agressions physiques et verbales durant son interrogatoire", selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).

Pour sa part, la défense a dénoncé le fait qu'aucune suite n'a été donnée aux nombreuses plaintes déposées contre la torture et les sévices sexuels qu'aurait subi le détenu, lors de sa garde à vue.

L'expertise effectuée sur son téléphone portable n'a trouvé aucune trace sur les supposés "appels à porter les armes contre l'Etat".

De son côté, le journaliste algérien Madjid Makedhi a dénoncé un procès marathonien qui a dévoilé, encore une fois, l’ampleur du mal dont souffre encore le système judiciaire algérien.

Il s’agit de l’attitude des magistrats qui passent, curieusement, sous silence des dépassements et des violations graves des droits de l’homme et des lois du pays, souligne-t-il.

Il note que cela renseigne sur la régression institutionnelle, relevant qu’il s’agit d’une déliquescence morale et éthique, dans la mesure où les magistrats n’exercent pas leurs missions et n’assument pas complètement leur mandat.

Outre ces graves dépassements, la victime a fait aussi l’objet d’une campagne médiatique abjecte, regrette-t-il, estimant que les instigateurs de cette affaire montée, visiblement, de toutes pièces, n’ont pas hésité à actionner leurs relais médiatiques pour tenter de convaincre l’opinion "qu’il y avait un complot" et une prétendue "infiltration du Hirak".

Pour le journaliste de "Liberté", Samir Ould Ali, ces révélations sur ces violations liées au "viol", aux "abus sexuels" et aux "sévices" que la presse algérienne a relayées, ont dû faire pleurer dans les chaumières.

Les soupçons de torture et de sévices ont toujours pesé sur les prisons et certains corps de sécurité algériens, affirme-t-il, qualifiant d’"accablants" les récits de nombreux militants et hirakistes qui ont eu affaire à certains éléments de la police, de la gendarmerie ou de l’ex-DRS (au moins) depuis 2019.

Dans une vidéo poignante postée sur les réseaux sociaux l’année passée, Ibrahim Daouadji, figure du Hirak de Mostaganem, maintes fois arrêté et emprisonné, avait raconté les larmes aux yeux comment, après avoir été interpellé à Alger et conduit dans un centre de détention, un de ses interrogateurs avait menacé d’attenter à sa pudeur.

Avant lui, en octobre 2019, Karim Tabbou, homme politique et principal acteur du mouvement populaire, avait également affirmé avoir été torturé.

Après lui avoir rendu visite à la prison, l’une de ses avocates, Me Zoubida Assoul, avait rapporté que Tabbou subissait une "torture morale" alors "qu’il avait déjà subi, lors de son arrestation par les services de sécurité, des violences verbales et physiques, en plus des injures et des insultes".

D’autres militants du Hirak, vivant dans d’autres wilayas du pays, ont dénoncé, pour leur part, de mauvais traitements allant des sévices physiques aux violences psychologiques qui leur ont été réservés dans les fourgons ou les locaux de la police.

Ceci renseigne sur la terreur et la répression de masse auxquelles sont assujettis les voix dissidentes en Algérie qui s’engouffre, de plus en plus, dans les méandres de l'abîme, sous les regards impuissants des citoyens lambda.