MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, ÉCOUTEZ ICI CES VOIX DE FEMMES QUI PORTENT VOTRE COMBAT DU DÉVELOPPEMENT !

Publié le 19/04/2022
Amadou Lamine Sall

En voyage, bien loin du pays chéri, nous vous écrivons ces mots ! Mais le Sénégal est toujours si proche, jamais loin. Il suffit juste d’écouter Al Makhtoum, se laisser bercer par notre patrimoine sonore Samba Diabaré Samb, pour rester au pays comme si on ne l’avait jamais quitté ! On ne quitte jamais le Sénégal que l’on soit déçu, blessé, trahi. On revient toujours. On l’habite toujours, même en pensée. Ce pays, on le garde toujours avec soi. En soute comme en cabine, c’est mon plus beau bagage du cœur !



Tout d’abord, vous dire que vous me devez un enfant, Monsieur le Président !

J’ai donné naissance à une belle jeune fille. Elle vient d’avoir 32 ans en ce Mois Saint de Ramadan et de Carême. Je l’ai bercée, couvée, bordée, nourrie, aimée. Vous me l’avez prise par un décret et voilà que toute une vie tangue ! Le plus insoutenable, c’est qu’elle n’aura même pas une tombe. Son cimetière sera un champ de containers ou une hypothétique usine de rails ou le logis volé d’un ancien fonctionnaire mafieux qui aura trahi 60 ans durant l’éthique de sa fonction. Nous savons pourtant combien ils sont nombreux ces serviteurs de l’État admirables et dévoués ! Il faut toujours rendre hommage à ces soldats du développement et de l’honneur !

Ce n’est pas un port qui est en cause. Ce sont plutôt des fonctionnaires terrifiants qui ont conduit ce décret sur votre bureau pour effacer des vies sur 1200 hectares de terres expropriées -l’équivalent de 1651 terrains de football, la surface d’un terrain de foot, selon la FIFA, étant de 7266 m2- pour bâtir une zone industrielle hypothétique qui, dans vingt ans au moins, trente ans au plus, sera ou non occupée, exploitée, fonctionnelle, utile pour notre pays que vous avez incontestablement mis dans le pipe-line du développement. Vous avez beaucoup, beaucoup travaillé, Monsieur le Président ! Ceux qui ne le reconnaissent pas aujourd’hui le reconnaitront demain, après vous. Ils n’auront pas le choix. On apprend toujours que la conquête du pouvoir n’est pas la gestion du pouvoir !

Vous me devez un enfant Monsieur le Président !  Un enfant, on ne le remplace pas par un dédommagement, quel qu’en soit le prix. Pourtant nous avons fait le choix de vous aimer et nous connaissons la mosquée de votre cœur. Nous venons quelquefois y prier et y laisser nos vœux pour vous, car nous savons combien la charge présidentielle est inhumaine et que le Sénégal doit gagner avec vous ! Si vous perdez, nous perdons !

Nous savons que vous ne savez pas tout !  On nous dit que cela ne saurait être excusable pour un Chef d’État. Je réponds pourtant que si ! Nous ne sommes que des hommes qui vivons avec des semblables souvent bons souvent mauvais, dans des systèmes politiques et sociaux complexes et souvent dangereux. Un Président est plus fragile que fort !

Nous savons aussi que la raison d’État a pouvoir de vaincre la justice. Celle des hommes, s’entend ! La justice est une femme si fragile. Mais il arrive que la raison d’État ne gagne pas toujours, quand le prince veille. Et vous veillez, malgré souvent votre long silence qui est un bel orgueil de « Lamtoro ».  Et parce que vous veillez et parce que Le Seigneur vous guide autant qu’IL peut vers le bien, nous assistons de loin au succès de votre formidable concept de « Jokko ak Macky » qui vous permait, désormais, en direct, d’écouter et de dialoguer avec les populations déshéritées à qui vous apportez des solutions immédiates dont vous ne mesurez pas sans doute l’ampleur de l’apaisement et du besoin d’être considérée. Continuez !

Alors, avec tout le respect qui sied à vos fonctions et avec toute l’affection que nous avons pour l’homme, écoutez donc ici ces voix de femmes qui se sont levées en ce mois d’avril de Ramadan et de Carême, à Ndayane-Popenguine-Toubab Dialaw, pour vous demander non de renoncer au port -votre option est faite-, mais de créer une zone de POUMON VERT ÉCOLOGIQUE sur les terrifiants 1500 hectares de terres que votre douloureux décret a rageusement affecté à la zone industrielle qui sera adossée au port de Ndayane.

Il ne s’agit ici que d’une prière qui vous est adressée par des femmes qui ont longtemps et beaucoup travaillé pour assoir leur rêve de développement agricole, maraîcher, éducatif : l’école communautaire du Dialaw, le « Djarama », fondée par Patricia Gomis en 2005 ; le Centre agro-écologique de développement durable et de formation dénommé « Mampuya », fondé en 2002 ; « La Ferme des 4 chemins », ferme-école, contribuant à l’amélioration sociale et économique des milieux paysans et contre l’exode des jeunes, fondée en 2015.

D’autres infrastructures sont venues également y implanter leurs rêves de création artistique, comme celle de Gérard Chenet avec le plus grand théâtre de verdure d’Afrique qui sera rasé, celle de Germaine Acogny avec la légendaire école des sables qui fait tant rayonner le Sénégal depuis Senghor et qui sera amputée, celle du poète Amadou Lamine Sall, avec la résidence internationale d’écriture, rasée. 

Monsieur le Président, c’est de tout cela qu’il s’agit de sauver, de préserver et non de réduire en poussière ! On ne rase pas avec des bulldozers, des préfets, des gendarmes -qui ne font qu’obéir et respecter leur hiérarchie- de tels acquis de développement bâtis à la sueur du front, et aller dormir comme si rien n’était !

Nous vous laissons décider, en vous réaffirmant notre grand respect pour l’État ! Nous avons confiance en votre justice dès lors que vous voilà informé comme il se doit, même si on nous dit que vous avez peu de chance de nous lire ou que le temps vous manque toujours pour lire !  Nous n’y croyons pas !

Recevez ces femmes qui ont développé ces projets qui rejoignent votre politique de développement à la base et avec elles, nous tous qui tentons chaque jour, avec humilité, de tenter de grandir l’esprit ! Il faut toujours de la culture mais il faut aussi du pragmatisme ! Mais ne jamais oublier que c’est la culture, l’esprit, qui sont la parure du pragmatisme.

Laissez-nous cohabiter avec le port de Ndayane, à défaut de l’avoir bâti sur d’autres territoires déconcentrés et en manque d’infrastructures du pays ou sur l’immense côte désertée vers la belle région de Saint-Louis du Sénégal. Ce POUMON VERT ÉCOLOGIQUE que ces femmes et nous-mêmes vous proposons ici, apportera un peu d’oxygène à cette zone de Ndayane-Popenguine-Toubab Dialaw qui aura désormais le dos tourné au soleil. Mais c’est vous le Président et il arrive que vous décidiez de tourner des visages face au soleil.

Un MÉMORANDUM qui définit et explique la nécessité écologique et environnementale de maintien d’une zone de POUMON VERT ÉCOLOGIQUE aux côtés du port de Ndayane et de sa zone industrielle, est à votre disposition. Il ne peut hélas être remis à personne qu’à vous, sinon il ne vous parviendra jamais. Nous en connaissons tous les obstacles, toutes les serrures autour de vous et dont vous n’avez pas les clés !

En effet, un DG, un ministre, certes, réceptionnerait ce « Mémorandum » en jurant que le Président l’aura, mais jamais vous ne le recevrez ni ne le verrez. C’est ainsi. Et c’est ainsi depuis que ce projet de port de Ndayane est lancé. Personne n’est venu parler aux porteurs de pancartes et pourtant ils portaient toujours des brassards blancs. Par respect et par considération pour vous !

Seuls ceux qui sont favorables au port ont toujours été invités, reçus, écoutés par les responsables du projet. Les autres acteurs, jamais. Vous n’y êtes évidemment pour rien. Vos DG et ministres dédiés ne viendront jamais vous faire part des cris de ceux qui, de l’autre côté de la barrière, veulent que leur Président les entende également. Ceux-là ne servent pas leur Chef ni leur pays. Ils servent leur quiétude, leur inculture, leur incompétence, leur peur. Ils surveillent plutôt de très près leur poste, leur prairie et ce qu’ils croient que le Président est et qu’il n’est pas. Du moins, c’est notre conviction. Un Président qui ne veut entendre que ce qu’il souhaite entendre, ce n’est pas Macky Sall. Répondez-nous oui !

N’est-ce pas d’ailleurs ce sentiment diffus que l’on ne vous dit pas toujours tout, qui vous aurait poussé à créer ce formidable concept de « Jokko Ak Macky » ? Il fait fureur et vous honore. Le peuple vous en remercie. Vous en verrez les dividendes ! Recevez ces courageuses femmes qui veulent parler à leur Président dans l’amour et le construire ensemble. A défaut, parlez-leur ! Organisez si possible un court débat-zoom avec elles, pourquoi pas ? 

Il se trouve d’ailleurs que le Président de la République que vous êtes, est un voisin, habitant de la résidence présidentielle de Popenguine. Vous êtes concerné comme elles par l’impact de ce port ! Un port a forcément toujours un impact environnemental inquiétant ! Peut-être que vos successeurs, demain, auront besoin d’un masque à oxygène pour séjourner dans la résidence présidentielle de Popenguine. Qui sait ?

Avez-vous donc trouvé et lu les conclusions des études d’impact environnemental obligatoires imposées par la loi et jusqu’ici introuvables sur ce port de Ndayane ? On attend de les voir et des lire encore et toutes les autorités du port de Dakar comme du ministère en charge de ces études, sur constat d’huissier, sont dans le vague à l’âme, pour en dire le moins ! Peut-être que vous aurez plus de chance que nous, Monsieur le Président !

Nous avons tous hâte de vous écouter et de vous accompagner respectueusement dans ce projet de port du futur, contesté ou adopté, qui fait couler tant de miel et tant de larmes ! C’est ainsi la vie avec ses joies et ses épreuves ! 

Monsieur le Président, un poète a écrit ceci : « Tant qu’il y a le ciel il y a toujours l’espoir qu’un oiseau y passe. » Vous êtes cet oiseau que nous attendons. Il tarde… mais nous l’attendons et… il viendra. Il viendra. Ne laissez pas croire le contraire. Ne laissez pas longtemps le ciel vide.


Amadou Lamine Sall
poète - Prix Spécial du Festival mondial de poésie Mihai Eminescu, Craiova, Roumanie.