BRASSARD BLANC ET PROBLÉMATIQUE D’UN 3ÈME MANDAT AU SÉNÉGAL : TRAITÉ D’IMPRUDENCE D’UN ÉGARÉ EN TERRE DES PATOUS.

Publié le 10/08/2021
Amadou Lamine Sall


1-/ ÉTAT DES LIEUX

D’abord s’entendre, pour une fois, sur ce qui existe et qui nous rassemble tous, sans interprétation contraire, comme Sénégalais et comme citoyens tout court, autour d’un seul but : servir le Sénégal, son peuple, l’Afrique.
- Notre président de la République se nomme Macky Sall. Il a été élu par le peuple sénégalais.
- Notre Assemblée nationale est de majorité présidentielle.
- Le Président s’appuie tout naturellement sur sa majorité pour appliquer sa politique de développement.
- Si cette majorité parlementaire n’existait pas, le Président négocierait une majorité avec les autres partis politiques représentés à l’Assemblée, pour faire passer ses projets et pouvoir gouverner.
- A défaut, il ne gouvernerait pas ou très peu et resterait empêtré dans de quotidiennes confrontations pour conduire la politique pour laquelle il a été élu. Cela se passe ainsi partout dans le monde quand un gouvernement n’est pas majoritaire.
- Aujourd’hui, comme Président, comme chef de parti, comme chef de la coalition majoritaire présidentielle, le Président nomme son gouvernement, travaille et gouverne.

• Ses missions et ses résultats jugés bons ou mauvais, le Président en est le seul et premier responsable élu sur un programme politique de développement.
• L’opposition, celle qui est représentée par des partis ou coalitions de partis à l’Assemblée Nationale, comme celle qui n’a pas pu y être représentée, s’oppose et fait face librement au pouvoir en place, que ce dernier le veuille ou non. C’est le tout premier principe de la démocratie. S’il n’est pas respecté, c’est la dérive qui arrive avant le dessert.

• Un consensus entre pouvoir et opposition est toujours souhaitable, toujours utile, mais pas forcément nécessaire, si l’un ou l’autre, aux extrêmes, n’en veut pas pour des raisons qui lui sont propres et pour des principes auxquels il tient. Mais les extrêmes sont à éviter. Ils  constituent toujours des impasses et conduisent le plus souvent à la confrontation. Dialogue et consensus sont souhaitables entre pouvoir et opposition pour le bien du peuple dans une vie apaisée et partagée.

• Le Président gouverne avec ses moyens. L’opposition s’oppose avec ses moyens.

• Les lois et règlements en vigueur arbitrent. Il importe de les respecter pour tous. Ils doivent être justes, équitables au mieux. La démocratie doit être sauve. Si elle peut l’être. Et elle doit l’être. On sait que c’est une femme changeante, caractérielle, imparfaite, difficile à cerner. Mais elle est belle, si belle. Elle veut des maris respectueux et fidèles et non des fiancés éphémères et volages.

• L’arbitrage démocratique au travers des lois et règlements peut être jugé juste, équitable, mauvais, partial, dictatorial, même. C’est selon. Des recours peuvent ou non exister. Aboutir ou ne pas aboutir. Ce sont bien des lois qui régulent la démocratie et défendent les droits de chacun : pouvoir, opposition, citoyen libre. La démocratie, ce sont de bonnes lois appliquées équitablement à tous et acceptées par tous.

• La Constitution fixe et veille sur la durée du mandat présidentiel.

• Le Président, dans le contexte actuel, sous son entière responsabilité politique, éthique morale, devant son peuple et devant l’histoire, peut décider de se représenter si la loi prête à diverses interprétations et installe le flou. C’est son droit d’aller à la cueillette du suffrage universel si la loi l’y autorise. 

• Mais on sait qui donne le droit d’y aller et ce n’est pas le Président lui-même. C’est important à noter. Il ne peut décider pour lui que si le Conseil Constitutionnel lui en donne le droit. A défaut, il ne peut que capituler, abdiquer. Partir.

• C’est le Conseil Constitutionnel qui décide, le premier, en toute responsabilité, selon l’interprétation des hauts juges qui le composent, si le Président a droit d’aller ou non à la cueillette du suffrage universel.

• Le Président voit alors soit sa candidature rejetée et il quitte le pouvoir, soit validée et il est éligible et participe à l’élection présidentielle.

• L’opposition approuve la décision des juges du Conseil Constitutionnel et accepte le Président comme candidat ou la rejette comme illégale. Que peut-il se passer dans ce dernier cas ? Difficile à prédire !
• Si, par contre, le Président décidait librement de ne point se présenter à un 3ème mandat, alors les déçus de l’un des camps comme les satisfaits de l’autre camp, se rangeraient unanimement derrière sa décision. Par respect. La course à la présidentielle 2024, deviendrait ainsi moins conflictuelle. Une page sera tournée. A défaut, on entrerait dans une confrontation périlleuse dont personne ne peut prévoir ce qu’en sera l’issue.

• Pour tous, avoir à l’esprit une règle importante : l’arrêt et l’arbitrage du Conseil
Constitutionnel, quels qu’ils soient pour les deux camps, pouvoir comme opposition, est sans recours. Si le Président est débouté et inéligible, la messe est dite. Point final. Si le Président est éligible, la messe est dite. Point final.

• Et la réaction du peuple alors, peut-on se demander ? D’abord avouer que « le peuple », c’est une immense entité difficile à définir. Dans le peuple, il y a d’abord les exploités et les exploiteurs. Les votants et les non votants. Le terme “peuple” est vaste, infini, toujours ambigu.

• Disons plutôt ceci : les partisans du non au 3ème mandat [et combien seront- ils ?] ou ils acceptent, le cœur lourd et coléreux, sans plus, la décision du Conseil Constitutionnel si la candidature du Président est validée où ils s’en réjouissent et dansent si elle est invalidée.

• Mais comment s’opposer, comme adversaire, à un non au 3ème mandat, dès lors que ce sont les juges seuls à qui le droit et la loi donnent le pouvoir et la légitimité d’arbitrer et non à personne d’autre, même pas au peuple ? Seul l’arrêt du oui ou du non au 3ème mandat par le Conseil Constitutionnel sera légitime et conforme à la loi ! Refuser cet arbitrage, serait-ce une rébellion ou un droit ?

• Deux choix se feront face : aller aux urnes avec le Président sortant et imposer le vote citoyen ou rejeter la candidature du Président validée par le Conseil Constitutionnel et entrer en dissidence en s’opposant par la voie de la confrontation. Nul, alors, n’en connaitrait l’issue ! N’oublions jamais que celui qui arbitre en premier, ce n’est ni le Président, ni l’opposition, ni le peuple, mais les juges du Conseil Constitutionnel qui valident, seuls, les candidatures, selon leur libre arbitre. Après leur décision, ou suivra la sérénité des urnes ou la révolte, le refus, la rue. La suite des événements deviendrait alors imprévisible. Nul ne pourrait mesurer le poids de la responsabilité et du Conseil Constitutionnel, et du président de la République, et de l’opposition, et des citoyens. La prise de responsabilité du Président, à la
fois gardien de la Constitution jusqu’aux résultats finaux des votes, candidat lui-même ou non candidat, resterait décisive.

• Rappelons-nous que si la problématique du 3ème mandat est déjà posée, c’est que le débat a été soulevé par l’opposition qui soupçonne le Président de vouloir se porter candidat à un 3ème mandat auquel il n’a pas droit. Ensuite, librement, le Président a choisi de ne plus revenir sur le débat. Ce qui gêne l’opposition. Le débat a t-il lieu d’être ou non, aujourd’hui, avant 2024, date de l’élection présidentielle ? A chacun ses arguments, son camp !

• Le Président, tout en ayant déjà affirmé par le passé, qu’il ne briguerait pas un 3ème mandat, a refusé de revenir sur le débat pour confirmer ou infirmer son engagement. La raison invoquée est simple et connue : travaillons en lieu et place d’inutiles parlottes et attendons le moment des candidatures en 2024 pour clore cette inutile polémique qui nous éloigne de l’essentiel. Le Président, en résumé, dit à peu près ceci : « Je renonce à ne plus me prononcer pour ne pas démobiliser mon camp, mon gouvernement et mon peuple. C’est le temps du travail, des urgences et des défis. Concentrons-nous sur cela qui est essentiel. » Certains lui donnent raison. D’autres, tort. A chacun son camp.

• La peur comme la polémique d’un 3ème mandat ont été causées par la rédaction de certains articles de la Constitution qui prêteraient à confusion pour certains et qui paraissent très clairs pour d’autres. Par ailleurs, l’argument retenu par le camp présidentiel, pour ceux qui jugent la candidature du Président recevable, est que le 1er mandat de 07 ans échapperait à la règle des deux mandats de cinq ans non renouvelables inscrits dans la Constitution. En d’autres termes, ayant effectué un seul mandat de 05 ans, il lui resterait un autre de même durée, pour que le décompte soit le bon. Ce qui voudrait dire que le 1er mandat d’une durée de 07 ne serait pas
décompté. Situation simple ou ambigüe ? Le camp de l’opposition est tout contre et hurle à la manipulation, au forcing et à l’illégalité. Le camp présidentiel, serein, en sourit.

• Le Président est seul devant sa conscience. L’opposition est seule devant sa mission. Le Conseil Constitutionnel est seul face à son arbitrage. Le peuple est seul devant ce qu’il fera de l’histoire de la démocratie sénégalaise.

Selon le camp de chacun, voila un jour prochain ce qui pourrait être dit, en résumé, de part et d’autre, à l’adresse du président de la République, face à ce débat trop tôt ou trop tard entamé du 3ème mandat, après que soit enfin rendu et publié l’arrêt tant attendu du ConseilConstitutionnel validant la liste les heureux élus à la candidature pour 2024 : les uns lui diront devant cet arrêt : « Désireux de vous voir être candidat, j’ai gagné. » D’autres lui diront devant cet arrêt : « Désireux de vous voir quitter vos fonctions, j’ai gagné. » D’autres encore lui diront, enfin : « Désireux de vous croire, Monsieur le Président, nous avons fini par ne plus croire à rien. »

En plus simple: : il y a ceux qui veulent que Macky Sall postule à un 3ème mandat, aidé en cela par une Constitution qui pourrait lui donner ses chances pour une 3ème possible candidature d’abord, pour une 3ème magistrature, s’il gagnait, ensuite. Il y a ceux qui veulent que Macky Sall quitte ses fonctions dans le cadre strict des deux mandats prescrits par la Constitution, au nom de l’alternance démocratique. Sans tenter le diable.

Voilà les faits et rien que les faits, sans sucre ni sel ajouté !
A chaque Sénégalaise, chaque Sénégalais, de prendre ses responsabilités, mais en ayant en tête que tous ensemble, nous devons veiller et à la grandeur et au rang de notre si cher pays.

Que la démocratie a un prix. La grandeur aussi. La décadence également.
Maître Boucounta Diallo, pour le citer, nous dit, s’exprimant sur le 3ème mandat au Sénégal, qu’il faut convoquer l’histoire et surtout l’esprit de la loi, pour comprendre pourquoi un 3ème mandat ne peut plus être admis avec ces martyrs de l’ancien régime libéral qui se sont sacrifiés pour le respect de la Constitution et de la démocratie. L’avocat international ajoute une citation d’emprunt : « Il faut toujours toucher la Constitution avec une main qui tremble ». Clair, limpide et sans détour ! A chaque citoyen, ainsi, de dire librement ce qu’il pense et ce à quoi il croit. C’est là le début du respect de toute liberté individuelle et de toute démocratie naissante.
Macky Sall n’aurait aucun intérêt à mettre ce pays en péril. L’opposition, également. Le peuple, moins encore. Mais que cela veut-il dire ? A chacun sa réponse ! En un mot, ce que nous souhaitons, ce sont des consensus forts. Chacun doit mettre ses démons en cage. Seul ce qui se racontera de beau et de digne demain, doit nous réunir.

Dans chaque mauvais livre, disait le célèbre écrivain Borges, il y a sûrement une belle page à retenir ! Allons alors tous trouver cette belle page pour un consensus utile et nécessaire ! Qu’on le veuille ou non, le Président a beaucoup bâti. A lui de laisser ce qu’il a bâti de grand, devenir un patrimoine aimé et respecté demain, par ceux qui viendront après lui. Il est impossible de décréter que Macky Sall n’a rien bâti. Ce ne serait pas faire justice à la réalité !

L’ambassadeur de Tombouctou me rétorque : « Bien ! Mais ce qu’il a bâti n’a aucun rapport avec la problématique du 3ème mandat ! »
Je poursuis : ceux qui veulent le garder au pouvoir ont raison au nom d’un idéal de vie qui est le leur et qui est celui-ci : l’amour sera toujours plus fort que la loi. Camus l’avait déjà dit et écrit: « Entre la justice et ma mère, je choisis ma mère ». Quoi de plus naturel ! Alors comprenons ceux qui aiment leur Président et sont attachés à lui. Ils auraient voulu le garder, presque à vie. Ceux-là pensent très peu aux textes et aux lois qui régissent notre vie politique et sociale en commun. Là est leur péché. Ils sont enfermés dans leurs sentiments, leur moi-moi, leur aise. Alors seule la raison finit toujours par remettre de l’ordre, guérir le trop d’amour, freiner l’irrationnel et l’irraisonnable. Cela peut prendre du temps. Comme dans la mort d’une personne chère quand le poids de la douleur et de l’absence pèse, Dieu vient toujours avec le temps apaiser, atténuer les peines, sécher les larmes, installer la foi pour vaincre l’inacceptable. Nous voulons tous garder les êtres que nous aimons. Mais la vie en
décide toujours autrement. Que nous le voulions ou non. 

Le comprendre seulement ainsi pour ceux qui veulent garder leur Président, nous facilite à tous la vie et surtout la cohabitation. N’éprouver ni haine ni colère contre ceux-là qui vous semblent venir d’un autre monde. Tout le monde sait que la réalité est toute autre. Que la politique a ses règles même si on les vrille souvent pour son propre intérêt. Des dictatures se sont souvent ainsi installées et pas seulement en Afrique.

Un État n’est pas « un ours qui danse ». Il a son implacable réalité. Il ne connaît pas l’amour, au sens propre du sentiment aveugle d’attachement, mais nous enseigne plutôt l’honneur et la justice, le respect des institutions si ces dernières se respectent, d’abord, elles-mêmes. Un État ne porte pas de cœur, car le cœur est faible, porteur de sentiments, donc de partialité. Pour les lois, comme pour les juges, le sentiment est interdit, banni. C’est la roche dure qui prévaut. Macky Sall nous quittera un jour. Comme Sédar, Diouf, Wade. Telle est la loi de la politique et de la démocratie. Ceux qui l’aiment et le chérissent - et c’est leur droit - le garderont dans leur cœur et mieux encore ceux qui, par le verbe et l’écriture, perpétueront son nom et son œuvre à travers les âges. Ce sont ceux-là les sentinelles qui nourrissent les mémoires, gardent
le feu, bâtissent les statues et y veillent. On ne les choisit pas, ceux-là. C’est eux qui vous choisissent.

Sortir du temps de l’actualité de son peuple et du monde, ne signifie pas forcément mourir. S’éteindre. Un palais n’est pas un titre foncier pour particulier. Alors, il faut savoir se préparer et préparer son escorte de demain sans motards clinquants et sans gyrophares. Savoir apprendre et comprendre que c’est en étant fort que l’on prépare son départ, cisèle et polit sa légende. Savoir également que c’est souvent contre sa propre majorité que l’on bâtit ce qui sera durable et chanté dans le temps.

Le vrai Palais, c’est la tombe. Mais c’est un Palais que personne ne vous construit. A chacun de faire de sa tombe un Palais ou un misérable et pénible taudis sans eau ni lumière. Savoir que l’on ne vit pas éternellement comme l’on ne peut gouverner éternellement. Par contre, savoir que l’on peut rester éternellement dans le cœur et la mémoire des hommes. Il s’agit de jouer sa partition de la meilleure des manières et quitter la table avec honneur et dignité. J’aime le Sénégal. Mais je ne l’aime pas plus que d’autres compatriotes. Alors, ensemble, pouvoir, opposition, citoyens libres, construisons-le, protégeons-le, préservons-le. Parlonsnous sans préjugés, sans bave. Parlons-nous sans lever la voix mais l’honneur, la mesure, la responsabilité, la générosité. D’aucuns s’amusent à dire que le pouvoir rend fou. Ceux qu’il rend fou en guérissent très vite, au réveil de leur premier matin quand aucun téléphone ne sonne, aucune signature à apposer sur nul parapheur. Silence et solitude. Et ce jour arrivera, qu’on le veuille ou non. C’est un arrêt sans recours. Alors, abordons-le dans la sérénité, la paix en soi, la foi en Dieu, en nous élevant.

Senghor me confiait ceci : « Tu entends le chant des oiseaux ? Pourtant, ils chantaient dans les arbres du Palais, mais je ne les entendais pas. La vie revient. Que le Seigneur soit loué. » C’était un poète qui avait hâte de quitter les lambris dorés, les tapis rouges interminables, les vrais comme les faux sourires interminables, les acquiescements interminables, les toujours et toujours « Oui, Monsieur le Président ! Oui, Monsieur le Président ! », la table toujours mise, les gardes au salut, les généraux au képi bas, les soldats figés, trompettes et tambours sonnant, battant, le drapeau hissé haut. Voilà ce que le suffrage du peuple donne, d’où le respect et la gratitude qu’on lui doit, en retour.

C’est le peuple qui sacre avec l’assentiment de Dieu. Il n’existe, en vérité, rien de plus solitaire qu’un Chef d’État, rien de plus fragile en vérité, quand on sait voir au-delà des apparences et du vernis. Si les missions et les charges ont été souvent inhumaines pour les prophètes, que dire de ceux qui ont été envoyés par des hommes comme eux ? Si Dieu, la pauvreté et la douleur des miséreux, le chant du muezzin, la cloche de l’église, le regard attendri d’un enfant, le spectacle de la longue et lourde foule quotidienne des banlieusards ruant vers Dakar dans des cars pourris pour venir vendre qui un peigne, qui un savon, le paysan en pagne autour des reins dans son champ de labour le soleil haut, le cheval haletant, le mendiant aveugle ou amputé collé aux feux rouges sous 40 degrés, si toutes ces conditions humaines sont présentes en vous, comme homme de pouvoir, chaque matin, vous comprenez alors combien votre rang de privilégié relève du choix divin, et combien il ne vous a été que prêté !

C’est humain et je le confesse : mon temps de vie avec Senghor, en post pouvoir politique, me manque. Cet homme qui, enfin libéré de ses inhumaines charges d’État, m’a donné de dormir avec lui, travailler avec lui, voyager avec lui à travers le monde, pleurer avec lui à la mort tragique de son fils. A d’autres, sans doute, manque le temps d’Abdou Diouf, d’Abdoulaye Wade. Le temps de Macky Sall manquera lui aussi forcément à ses amis, ses collaborateurs, ses contemporains qui ont travaillé avec lui, l’on suivi, aimé et protégé. Quoiqu’il advienne. Cela s’appelle la fidélité. Elle existe mais elle ne rend pas forcément riche financièrement, bien au contraire. La fidélité existe pour ceux qui ne le savent pas ou qui l’oublient très vite en se hâtant de changer de prairie. La politique en est un horrible et épouvantable théâtre.

J’avoue ici, sans aucun mal, aucune hésitation, faire partie de ceux qui portent au Président Macky Sall une attachante affection. Je ne lui rends que ce qu’il m’a donné : son respect, son attention constante. C’est ainsi que va ma conception de la vie : remercier ceux qui vous aiment et vous considèrent, sans y être obligés. Savoir rendre le respect. Le respect désarme.

Celui qui ne sait pas rendre le respect qui lui a été donné, est un vulgaire et misérable
palefrenier. Aucun respect n’est dû. On le mérite en le rendant à l’autre. Il faut savoir aimer et grandir ceux qui vous aiment. Quoique cela vous coûte, même si c’est un président de la République à qui on n’oublie pas de montrer le chemin de l’histoire ! Par devoir ! Je sollicite ici, comme premier Sénégalais, une audience avec le Président Macky Sall, lorsqu’il aura un jour quitté le pouvoir. Les Présidents sortants ont dans l’œil une lumière humble qui mûrit le cœur et forge l’esprit. Il faut aller la toucher. Et puis j’ai un… panda à lui offrir… en plus d’une photo dédicacée de Mohandas Karamchand Gandhi pou lui… Étrange et surréaliste ? Oui, tout est « sens sous le signe » et… il arrive que la vérité se trompe !

La vie et le destin ont voulu que ce soit en rencontrant très jeune Senghor, que je me sois mis à l’aimer. Pas avant. J’ai été fonctionnaire sous Abdou Diouf et servi sous Jean Collin, légendaire ministre de l’Intérieur. Un soir, tard dans mon bureau, voyant de la lumière, il est entré. Surpris, il m’avait demandé ce que je faisais encore là à cette heure si tardive.

J’achevais d’écrire mon second livre de poésie « Comme un iceberg en flammes », après « Mante des aurores ». Le Président Diouf a aimé et couvé le jeune poète que j’étais, avant de découvrir à la fin de ses 20 années de pouvoir que j’étais le fils de celui qui avait été son chauffeur comme Gouverneur de Région, à Kaolack. Il en était si ému et bouleversé !

Abdoulaye Wade est arrivé. Le projet du Mémorial de Gorée nous a opposés pendant ses 12 années de pouvoir haletant. Pourtant, j’étais toujours bouleversé par l’affection et le respect qu’il me portait. Il m’invitait dans ses visites officielles à l’étranger. Il m’appelait « mon poète préféré ». Il me l’a même écrit. Il fut pour moi un homme double, complexe et ambigu mais au cœur inégalable. Il fut le dernier des mohicans. Un homme de culture, de lettres et d’art surprenant et émerveillant. Wade, c’était Abdoulaye !

Je n’ai pas choisi d’avoir été là, avec les quatre Chefs d’État de notre jeune et belle nation. Dieu en a décidé ainsi. Chaque Président construit sa propre légende. Libre à chacun de l’applaudir, de la huer, de la détricoter ! Extrême pour extrême, de nos jours, on entend du tout dans ce pays transformé en camp de guerre opposé. Le Sénégal n’est pas, tout de même, Buchenwald ! Revenons à la raison !

« Macky Sall n’est tout de même pas Hitler et l’opposition un peuple de juifs à traquer ! » Dire que l’Ambassadeur de Tombouctou m’a rapporté avoir entendu une telle répartie qui n’aurait jamais dû exister, même si elle va dans le sens d’une défense d’un Président qui gouverne, donc si exposé ! Est-ce à dire que notre espace démocratique a attrapé la pire des « Covid » ? L’Ambassadeur de Tombouctou assène : « Le vrai et le pire des virus : l’homme politique lui-même. »
Nous savons que tout est possible en politique, car nous ne peignons pas des anges.

 Nous ne les voyons pas. Il n y a pas d’ange. Que ceux qui les voient, les peignent alors ! Le Sénégal vaincra pourtant ses démons. Ce pays est plus fort que ceux qui s’amusent à lui faire peur. La seule mission qui vaille est le consensus dans le respect de chacun et la sauvegarde d’une démocratie non faussement chantée mais pratiquée, appliquée, reconnue, honorée, juste, équitable. La démocratie est mesurable. Le bon sens y suffit. La réalité du terrain politique au quotidien en est un vivier expérimental de tous les jours. Personne ne peut tromper personne.

Pas besoin d’agrégés en droit pour nous démontrer si elle marche ou claudique. La seule faiblesse de la démocratie, c’est qu’elle doit obéir à des lois et règlements que le pouvoir et ses administrés, le plus souvent, utilisent en leur seule faveur, dit-on. On ne sait alors où aller chercher le juste arbitrage et s’il arrive qu’on le trouve, il est déjà trop tard. « Nous en avons une bonne pesée en jurisprudence », me fait remarquer l’Ambassadeur de Tombouctou ! Mais c’est la politique et les rapports de pouvoirs qui conduisent à ce constat malheureux en démocratie. L’Afrique, l’Asie, certains pays de l’Europe de l’est et de l’Amérique latine, en sont les plus cruels des théâtres. 

La haine, le chienlit, le mensonge, la duplicité, la corruption, la médiocrité, la désintégration, ne triompheront pas durablement au Sénégal. Quelque chose qui nous dépasse, veille. La raison finit toujours par coudre ensemble les pagnes de tisserands différents. Tant pis pour ceux qui disent ne pas y croire ou qui œuvrent à contre courant ! 2024, c’est déjà demain. Et le jour se lèvera de nouveau comme il se lève tous les jours dans ce pays souvent désespéré mais jamais désespérant. Personne n’empêchera le jour de se lever ! Tous, nous partirons un jour. Nous ne sommes que des passagers en transit dans le hall d’un immense et interminable aéroport. Seul le Sénégal demeurera. Mais chacun doit jouer son rôle, poser sa pierre. Aucune n’est petite.

Nous sommes tous « président de la République », c’est à dire également responsable du devenir de notre pays, de sa jeunesse : nos enfants à tous. Chaque famille est une République. Nous devons la consolider et la nourrir des meilleures des valeurs pour nos héritiers. Au président de la République, nous demandons de s’installer dans l’histoire. A l’opposition que nous saluons avec respect et dont nous mesurons les difficultés de la tâche, nous demandons d’être exigeante mais surtout responsable. Celles et ceux qui aspirent à être investis demain par le peuple sénégalais comme passager de 1ère classe, doivent en être dignes. L’opposant d’aujourd’hui devenu demain le 1er magistrat du pays, aura quitté la salle pour monter sur la scène et jouer sa partition. La salle n’est pas la scène.

La cible, en vérité, n’est pas Macky Sall. Il fait et accomplit son job d’élu. Qu’on le veuille ou non. Qu’on le juge ou non. Il n’est comptable que devant son peuple. La vraie cible, c’est le peuple sénégalais dont on va conquérir le cœur et le suffrage. La défaite d’un président de la République, c’est d’abord l’échec du peuple qui l’a élu. On peut aller aux élections, se battre, vaincre sans avoir forcément besoin de nommer une seule fois Macky Sall. Ce n’est pas lui qui va vous conduire au Palais - ce n’est ni son rôle ni sa mission - mais le peuple sénégalais seul. Vu sous cet angle, la politique pourrait être plus simple. Que chacun s’adresse au peuple et laisse l’autre en paix, à défaut d’être du même camp. Ce n’est pas parce que l’on veut mettre à nu l’autre, que l’on sauvera sa propre nudité demain. Le pouvoir nous garde toujours des surprises et au président de la République le premier. La politique doit porter un nouveau visage : celui du respect de l’adversaire, de la mesure, de la grandeur. Agissez, parlez donc, proposez, aller convaincre les électeurs. Ce sont eux votre cible. Ce sont eux les décideurs et personne d’autre. Et l’Ambassadeur de Tombouctou d’ajouter, railleur et provocant : « Et si par un référendum, il était possible que le peuple demande le droit de rajouter ou non un « bougna » à un Président qui a bien travaillé et qui aurait mérité ce rajout d’un seul et unique mandat en rabiot ? Notre Constitution ne serait-elle pas alors la plus originale au monde ? »

Surpris, je m’étranglais de rire ! Pourtant… et pour quoi pas ? Pour quoi pas ? Mettons cette proposition dans le panier ! Sérieux ? L’Ambassadeur poursuit, inspiré : « La démocratie vient de très loin. Elle était conçue sous d’autres formes en Afrique. Songez aux rois, aux Damels, puis vinrent les partis uniques, puis les coups d’État, les changements de Constitution endémiques pour se maintenir au pouvoir, puis arrivèrent les alternances réussies ou sabotées. Pour dire que notre démocratie ne doit pas être forcément celle de l’Occident. Que la notion de liberté peut ne pas être la même partout, sans choquer. L’Afrique et ses intellectuels se définissent souvent par rapport aux normes occidentales. Les cultures et les civilisations ne sont pas les mêmes. Les valeurs ne sont pas les mêmes. Ce qui fonde nos richesses respectives. Il s’agit d’être nous-mêmes sans nous couper du monde, c’est à dire respectueux du monde, en restant humain et digne de l’humain. »

L’Ambassadeur de Tombouctou me regarde à la fin de sa tirade, sourit et interroge, implacable : « Le peuple, le peuple, oui, mais que fais-tu donc de la fraude électorale  qui vole au peuple son suffrage ? » Je n’ai pas la réponse, mais il y a forcément une réponse. Tout a une réponse. Juste avoir les oreilles, l’entendement, la tolérance, pour écouter sans l’injure à la bouche. Il est temps que cet interminable débat poussif sur le fichier électoral s’estompe. Il est indigne d’un pays comme le nôtre. C’est un débat de pays arriéré vivant au moyen-âge. Un consensus doit clore cette page. L’Afrique, en effet, se nourrit encore de fraudes électorales et congèle d’avance d’interminables mandats de chefs d’État endémiques. Même si la tendance est à la baisse, si la mort ne vient pas avant apporter la solution libératrice ou l’intervention de ce que l’on appelle d’un mot indéfini le peuple ! Mais le peuple ne vainc pas toujours ses dictateurs qui ont la ruse tenace et le vice infini de prostituer la démocratie, d’anesthésier toute volonté de révolte, de régler eux-mêmes l’horloge des juges. Il arrive que le peuple subisse. Il ne porte pas toujours la révolution attendue de lui. Le peuple a souvent tant à faire pour survivre que tout cri a de la peine à sortir de sa gorge desséchée ! Alors, il laisse Dieu -si le temps le Lui permet- et la vie, décider. 

Le Sénégal échappera à cette malédiction. Que personne ne tente de nous faire croire le contraire. La peur et le défi du 3ème mandat ne vaincront ni notre foi, ni notre marche résolue vers l’unité et le développement. Seulement, il y faudra le temps, du juste et équitable consensus, de la responsabilité, de l’engagement, du sacrifice, de la générosité, de la mesure, du refus de la compromission. La rue n’est pas une solution interdite quand elle fait face à l’injustice, mais la rue ouvre à la fois les portes de la liberté mais aussi de la mort, du sacrifice ultime. La rue ne promet pas de solution apaisée. Elle promet l’aventure, l’indécis, l’improbable, si ce n’est le chaos. « Advienne que pourra », lâche, acide, l’Ambassadeur de Tombouctou ! Advienne que pourra pour advienne que pourra, avançons d’abord le pied droit, c ‘est à dire l’offre de consensus et de paix. Si celui d’en face choisit plutôt d’avancer le pied gauche, demandons lui d’avancer le pied droit. Que le bien doit compter plus que le mal et l’effroi. Parlons-nous pendant qu’il est encore temps, car arrive un temps qui ne pourra plus rien céder au temps. C’est le mauvais et ultime temps : celui de la confrontation et de la mort.

Ce maudit temps-là ne doit pas être le nôtre. Il ne le sera pas. De nouveau, oui, quelque chose veille et qui nous dépasse. Mais jusqu’à quand ? Le pouvoir et l’opposition possèdent la clef de la paix. Le peuple sera l’arbitre quand il faudra un arbitre. Aucun doute que notre Constitution devra être de nouveau modifiée, toilettée, verrouillée une fois pour toute. Un grand bain l’attend plus qu’un sommaire toilettage. Elle devra s’habiller de granite, de roc, d’acier. Que plus personne ne l’approche, ne l’interpelle. Finis les mascarades, les ruses, les hypocrisies, les trahisons, le semblant d’honnêteté, les jeux de cache-cache.

Si le consensus issu des Assises nationales d’alors était validé d’accord partie et enfin appliqué, soit par le biais de l’Assemblée nationale pour dépenser moins, soit par référendum, nous aurions une nouvelle Constitution stable et envieuse. C’est l’avis du plus grand nombre des Sénégalais, tous confondus. Cette Constitution, dit-on, nous ferait enfin grand bien ! Et si la presse prenait le temps de la décliner de nouveau pour les populations, afin de mettre tous à niveau ? Et si Macky Sall la faisait voter au lieu de laisser son successeur le faire ? L’histoire, la grande, le retiendrait. C’est réussir plus que l’acceptation paisible et digne d’une alternance démocratique louable, sans des cailloux dans les chaussures ! D’un mot : ce serait une révolution de velours et de taille qui aurait comme nom : Macky Sall. Il tient la bride du bon cheval… et il aime les chevaux, me dit-on.

Il faudra bien un jour faire cette expérience et vivre cette nouvelle Constitution issue des Assises nationales qui donnera sûrement du sang neuf à notre espace politique grippé et caillouteux. Et que cette Constitution vive et prospère pour des siècles. Nous ne souhaitons pas à un Président d’être vendu aux enchères, moins cher qu’un charretier. Pas plus que nous ne souhaiterions à une opposition d’être moins considérée qu’une poule mouillée et stérile. 

Respectons-nous. Parlons-nous. Soyons humbles. Élevons-nous !
Au mieux ou au pire, si nos institutions ne nous ressemblent pas et surtout ne nous rassemblent pas. Si nous doutons d’elles jusqu’à nous opposer dans la tuerie, remplaçons-les alors par des référendums du peuple - même si cela coûte -, à chaque fois que l’enjeu qui divise est de taille et de sang. Mais sachons tous que rien ne sera plus cher que la justice, l’équité, la liberté, le consensus, le vivre en commun dans la paix et le pardon. Les référendums seuls, sont au-delà des pouvoirs du Prince et des juges, quelle que soit l’altitude de ces derniers !

Nous entendons sur l’insoutenable pauvreté gémissante des programmes de nos chaines de télévisions et de radios et lisons tous les jours dans notre brave presse audacieuse mais hâtive : insultes et insanités entre citoyens de camps opposés ou entre de simples citoyens.

Pire encore, la jungle des réseaux sociaux, pouvoir parmi les pouvoirs, au nom de la liberté. Comme elle peut avoir bon dos la liberté quand elle viole tout jusqu’à se violer elle-même! Cequi ressort le plus souvent n’est que diatribes irrespectueuses, attaques honteuses. On se retrousse la bouche et la langue pour lancer sa bave : insulter, diviser, humilier, blesser, déshonorer ! Cette violence gratuite et infecte dévore petit à petit notre pays. Ce dont il doit s’agir, c’est d’échanger dans la sérénité, l’élévation, la politesse, la mesure, le respect de la posture de l’autre, serait-elle détestable et haïssable.

Senghor nous apprenait que la violence et la vulgarité ressortent toujours d’un manque cruel de culture et d’éducation, d’un complexe handicapant d’infériorité et d’analphabétisme vite compensés par des coups de poings et des insultes. Apprenons surtout à ne pas rebrousser chemin ! Un pays ne rebrousse pas chemin. Apprenons à « nous souvenir de l’avenir » pour que la jeunesse ait moins à douter de son présent. 

Si tout le long de cette humble réflexion quelqu’un m’a compris, c’est que je me suis mal expliqué. La réalité est plus tragique encore. Au Sénégal, la « délibération de la raison » est longue. Longue comme « l’éternité, surtout vers sa fin ». Existerait-il un pays, tout un pays, où aucun arbre ne donne un seul fruit ? Si oui, l’heure est venue de se donner la main en cédant chacun le nombre de doigts que lui dicte le chemin de la paix et du développement ! Ce n’est pas nous qui comptons, c’est le Sénégal qui compte ! Il nous faut réinjecter du rêve et de la générosité dans ce pays ! Il doit revenir à un esprit de conquête et de partage commun pour servir toujours le plus grand nombre. Mais d’abord et avant tout, rechercher et servir la foi qui est le plus beau cadeau apporté à quelqu’un ! L’Ambassadeur de Tombouctou ajoute, tout en sourire : « La religion, c’est aussi de la politique, sauf que dans le premier, Dieu n’est pas monnayable ! » Je réponds sans hésiter : puissions-nous apprendre à être pauvres comme Job !

2-/ ÉPILOGUE

Nous concluons cette réflexion qui se veut humble et consensuelle, porteuse d’issue heureuse sur la problématique du 3ème mandat, par nos condoléances aux habitants de Mangoroungou. Oh, quel beau nom ! C’est celui du village du policier Samba Ndiaye tué par un chauffeur ivre le 19 juillet dernier. Son village jouxterait celui de notre patrimoine commun, Sadio Mané. Cette mort m’a beaucoup bouleversé, au regard des bienfaits rapportés que ce serviteur de l’ordre public apportait à ses prochains.

Je pense à l’ami Mabousso Thiam qui vient de nous quitter. Homme d’exigence, de talent et de foi. Artiste pur. Un grand cœur ! Écoutez-le, évoquant le Rwanda : «Je pourrais vous parler de ceux-là qui continuent dans le déni, en refusant toute repentance au motif qu’ils seraient un grand pays. Plus grand que qui ? Plus grand que quoi ? (…) je veux saisir cette tribune pour redonner espoir à celles et ceux, notamment les jeunes, qui, en Afrique, n’en finissent pas de désespérer de certains de nos dirigeants, incompétents, corrupteurs, corrompus, népotiques, prédateurs, assujettis à leurs maîtres, violents, répressifs, tricheurs, sans scrupules, sans ambitions pour leurs peuples (…) Le Rwanda nous montre aujourd’hui, entre autres choses, que tout est possible lorsqu’on a décidé de compter sur soi, de forcer le respect de soi et des autres, d’ignorer les ricanements de ceux qui ne rêvent que d’une Afrique misérable qui tend la main (…) Cela s’appelle le leadership (…) Si les autres pays font l’économie du prix payé par le Rwanda, alors le sacrifice n’aura pas été vain. » 

À tous nos disparus, puisse l’hivernage rafraîchir leurs os. Que leur âme dorme entre les nuits et les jours les plus frais sur l’Oreiller d’Allah, entre les lits de Jésus et de Mohamed. Un écrivain, un poète, un artiste, un créateur, a besoin d’humilité pour savoir que ce qu’il écrit ou dit ou chante ou peint ou sculpte, ou montre avec une caméra, une photo, une danse, change très peu la vie d’un peuple, encore moins la conduite d’un prince. Mais il doit faire ce qu’il a à faire et le faire dans l’émerveillement. C’est un pouvoir. Celui de la créativité.

Voilà pourquoi nous avons ici refusé de nous taire sur la problématique du 3ème mandat. 

Jamais un créateur, dans le respect et l’exigence, ne doit se taire, mais tenter de croire que ses rêves s’accompliront avant ou après lui. Il est le seul à être avec le temps, en le devançant. C’est une foi et elle ne s’achète ni ne se vend. Mais tout, autant que possible, doit être dit et décliné dans le respect et l’exigence. Ne jamais être moralement voûté ! Éviter d’être abondamment pourvu de rien !

L’Ambassadeur de Tombouctou taquin, lance : « Prions également pour que l’opposition quitte le mur des lamentations et le pouvoir le mur des sourds. »
Le Sénégal vivra. La problématique du 3ème mandat sera résolu, au mieux, croyez-le, par nos propres « Ho’oponopono ». Même si nous souffrons à la fois de nos lois et de nos travers, au bout du chemin, nous pouvons nous retrouver et construire ensemble notre pays. Notre espace politique ressemble à un grand marché de toc. A nous d’en faire un marché de produits « griffés » et de qualité. A un Sénégalais, rien n’est impossible ! Ce pays n’est pas un pays. Il est une prière !
 Avignon, le 25 juillet 2021.

 Amadou Lamine Sall
 Poète
 Lauréat des Grands Prix de l’Académie française