MES VŒUX POUR QUE LE PRÉSIDENT RASSEMBLE APAISE ET GRANDISSE LE SÉNÉGAL !

Publié le 28/12/2022
Amadou Lamine sall

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Ce n’est pas le Sénégal qui ne va pas bien. Ce sont les hommes politiques qui ne vont pas bien. Et quand ils ne vont pas bien, le Sénégal ne va pas bien.



On se demande même s’il y a encore un mot à dire ou à écrire. Tout a été dit et redit, même si ce qui est dit et redit n’est pas toujours juste, équitable, véridique. Mais quand on le dit et le répète, cela peut finir par devenir une vérité, surtout quand la preuve surgit. 

À la vérité, notre cher pays est malade. Ce qui est grave, et inquiétant, c’est que ni hôpitaux ni médecins ne semblent exister pour le soigner. La politique, pire que la Covid, corrompt tout, avilit tout, tue tout à grand bruit. C’est incontestablement cette pandémie qui aura le plus fait mal au Sénégal, depuis les années 2000. Elle n’arrête pas d’enfler. Elle continue de déconstruire notre société. Elle fait passer inaperçu, par son système de rejet violent des valeurs, ce développement pourtant considérable accompli au niveau des infrastructures de notre pays. 

Les infrastructures comptent. Elles se mangent même ! Elles accompagnent la marche du temps du monde, facilitent les commodités et la circulation des hommes. Elles sont l’écran et l’horloge de notre vraie présence au monde parmi les autres nations du monde, nous qui sommes encore considérés comme des retardataires et des sous-développés miséreux. Quant à la science, elle progresse si vite, qu’elle nous devance tous dans le but de sauver l’humanité, contrairement à la politique, cette bête surgie du plus ambitieux, du plus redoutable venin des hommes qui cherche à nous déconstruire, à nous détruire.

Et pourtant, il faudra bien que l’on se rende compte que la politique n’est pas un mal nécessaire. Il doit être possible de la remplacer par autre chose, de remplacer les hommes qui la font et la représentent si honteusement par d’autres hommes plus sains, plus responsables. 

Les meilleurs des Sénégalais ont décidé de se taire. Leurs principes de vie, leurs valeurs, leurs vertus, les éloignent du champ miné, si boueux et opaque de la politique, telle qu’elle se pratique de nos jours, chez nous. Ces hommes du refus qui fuient la politique, adultes et jeunes, n’appartiennent plus à ce Sénégal d’aujourd’hui qui n’est plus celui qu’ils ont aimé et chéri. Ils en souffrent mais se taisent et meurent en silence, dans la prière. 

Les réseaux sociaux tant décriés, ne sont pas, par ailleurs, le drame tant décrié. Ils appartiennent au temps du monde. Ils ont réussi à s’émanciper du champ politique. Ce qui leur est reproché n’est, en vérité, rien d’autre, que l’excès de liberté et de jouissance ! La liberté a toujours été depuis l’aube des temps, le drapeau de la lutte des hommes contre la dictature et l’injustice. 

Certes, toute liberté doit être encadrée par des lois qui permettent de vivre ensemble, de se protéger et de se respecter. Mais les lois également doivent être encadrées, bien interprétées, c’est à dire être justes, équitables et ne pas protéger que les riches et les puissants. Le droit n’est plus le droit, si chacun selon son école, son camp, peut l’interpréter différemment que l’autre. Comment la figer, lui assigner une seule et unique signification et non la laisser à la merci de tout venant ?

Nos États modernes sembleraient refuser ou plutôt se méfier du progrès, celui qui donne au citoyen la liberté et les moyens de dénoncer ce qui n’est ni juste ni équitable. L’État proclame toujours et inlassablement qu’il défend sa sécurité et celle de ses citoyens. Il n’a pas tort. Le citoyen souhaite jouir de sa liberté au nom de la charte des droits de l’homme, voir l’information se démocratiser pour trouver ce que l’État lui refuse, lui cache.

 La vérité est que l’État d’hier est resté l’État d’hier, jaloux de ses pouvoirs exorbitants alors que le citoyen du 21è siècle a depuis longtemps évolué. Les réseaux sociaux peuvent être considérés comme le revers de la médaille, car Google, Apple, Facebook, Amazon, les fameux GAFA(M) -en y ajoutant Microsoft-, sont devenus comme des États.

Il faut bien que ce que la science et les technologiques avancées ont inventé, puissent servir. Ainsi, toute cohabitation devient malaisée entre un État qu’un statut millénaire presque figé et fort subtil, avantage, et un citoyen averti, évolué, rêveur, curieux, tenace, prêt à tout pour jouir pleinement de ce que les folles et vertigineuses inventions technologiques lui offrent de nos jours !

L’année 2022 vit ses derniers jours. Comme une maman, elle a appelé à son chevet sa famille pour lui confier ses derniers conseils. Quand une mère de famille appelle ses enfants sur son lit de mort, c’est pour les réunir, les rassembler, les prier d’être solidaires et surtout généreux et attentionnés envers les plus faibles, les plus démunis. 

L’année 2022 confie à ses milliards d’enfants que 2023 sera plus incertaine, plus cahoteuse encore. Mais quoiqu’il advienne, il faudra se souder, tenir, quelle que soit les turbulences, les divisions, les haines, et ceci quel que soit l’inacceptable mépris, la honteuse inculture de certains membres de la famille. Une famille c’est une famille avec ses pommes de terre saines et ces pommes de terre pourries. Cependant, il importe de toujours faire preuve de sagesse, de patience, de sérénité, de respect, de justice, d’équité, de sens du partage, de considération même pour les entêtés, les récalcitrants, les marginaux, les insupportables, confie la maman 2022 mourante. 

C’est ce message du cœur et de l’esprit que je souhaite que mon Président, le chef de l’État du Sénégal, Macky Sall, adresse au soir du 31 décembre 2022 à son peuple, à sa légendaire armée, à ses admirables forces de sécurité et de défense, à sa belle et émouvante jeunesse qui a partout ouvert des boutiques avec sa cargaison de sueur et de cris pour vendre du soleil, mais qui ne trouvent pas d’acquéreurs. 

Faites-le mon Président. Apparaissez le samedi 31 décembre à la télévision, à la radio, porteur d’un discours inattendu, guérisseur, rassembleur, confiant, généreux, sans rien ôter de la fermeté qu’exige un État. Surprenez-nous ! Élevez-vous comme Dieu vous a élevé pour vous mettre aux commandes d’un pays aussi merveilleux que le Sénégal ! Puissions-nous éteindre notre télévision, notre radio, à la fin de votre allocution, non pas déçus, anxieux, mais enfin apaisés et fier du chef.

Monsieur le Président, que personne ne vous fasse croire que vous êtes un citoyen ordinaire. Votre peuple vous a mis au sommet de l’échelle et c’est à vous qui voyez l’horizon et ce qui le bouche, de conduire votre peuple à passer son chemin parmi les obstacles, les impasses du monde. Vous pouvez réussir cela face à tout un pays tétanisé, qui a la main à la bouche, stupéfait devant des actes et comportements que l’on croyait impossibles au pays des grands saints.

Dans un pays où les adultes ne donnent plus l’exemple à la jeunesse, où l’école comme la rue qui étaient jadis  des foyers d’éducation et de formation ne le sont plus, laissant la place à la violence, le vice, la déperdition, l’analphabétisme, où l’impunité est devenue reine, où des voleurs crient aux voleurs comme dit l’Ambassadeur de Tombouctou, où les saints hommes ont décidé de fuir les villes pour purifier leur âme, dans un tel chaos, votre successeur, demain, quel qu’il soit,  aura plus à faire que vous et plus à souffrir que vous, pour en dire le moins. Il s’agirait presque d’une nouvelle cosmogonie à rebâtir aujourd’hui pour le Sénégal, dès lors que la geste de nos héros, nos récits d’honneur, nos mythologies, nos faits d’armes, semblent être oubliés, souillés, enterrés.  

Nous avons choisi de vous estimer, parce qu’il n’y a pas une seule place dans notre cœur pour le rejet ou la haine. C’est votre peuple tout entier, parce qu’il vous a aimé, qu’il vous a élu. Votre malheur serait le nôtre. Alors, faites de votre gouvernance et de l’espérance des Sénégalais en vous, une réussite, une guérison.

Rappelez-vous toujours que ce qu’un chef d’État réussit le mieux, c’est ce qu’il réalise contre sa majorité ! Libérez, écoutez, tendez la main et le cœur, pardonnez ! Aidez les autres à pardonner ! 

L’histoire, chaque soir, vous visite quand vous avez enfin la tête sur l’oreiller, après une très longue journée de travail d’État. Écoutez-là en ces moments de tranquillité et de détente, loin de vos parapheurs, de vos conseillers, de vos ministres, de vos batteurs de tam-tam, de votre téléphone, de votre ordinateur. 

Pesez ce que le Seigneur vous a consenti depuis 2012 ! Vous n’avez pas à avoir honte du travail jusqu’ici accompli. Il est colossal !  Ce que l’humanisme, le respect, la mesure, la morale, l’éthique, les valeurs de grandeur et de dignité donnent à l’homme sont sans commune mesure avec la jouissance liée à l’autorité régalienne, aux lambris, au frou-frou soyeux des palais, aux cortèges incessants et interminables des génuflexions, des tapis rouges, des trompettes, des nappes de soie et des couverts ciselés d’or des rois d’Arabie et de Navarre. L’enfant de Fatick, à lui tout seul, sans parures, est plus beau que tout cela ! 

Les Sénégalais ne sont pas un peuple devenu dangereux et prédateur, comme certains le pensent avec force. Ceux qui abaissent leur pays sont vus et connus. Ils n’ont jamais été grands. Ils n’ont jamais été beaux. Ils n’échapperont pas à l’histoire, encore que l’histoire veuille se souiller en les nommant. 

Ce que je crois, c’est que le grand peuple sénégalais est un peuple rebelle, intrépide, lucide, courageux, généreux, sensible de cœur. Ce peuple aura toujours dans l’âme, dans les oreilles et au fond des yeux, les sermons inoubliables de Mame Abdoul Aziz SY Dabakh, de Monseigneur Thiandoum, le sourire contagieux et bienheureux de Serigne Mountakha Mbacké, le feu patriotique brûlant et libérateur de Serigne Bamba. 

Meilleurs vœux aux Sénégalaises et Sénégalais. Meilleurs vœux aux étrangers qui vivent parmi nous. Puisse l’année 2023 apaiser les cœurs et les esprits, libérer l’Ukraine, faire revenir une Russie guérie et pacifique dans le concert des nations, doper l’humanité pour qu’elle soit plus consciente des dérèglements climatiques, sauver le patrimoine du Dialaw verdoyant du projet foncier génocidaire de la zone industrielle programmée avec la construction du port de Ndayane, sauver l’Amazonie, les forêts tropicales, apaiser le cœur des orphelins.

Que Dieu couve mon pays de Son Manteau de soie et de velours !
Meilleurs vœux !
Bonne année à tous !

 

Amadou Lamine sall
Poète
Lauréat du Prix de Poésie africaine Internationale Chicaya U’Tamsi
Lauréat des Grands Prix de l’Académie française.